Trouver de l’eau avec des baguettes : Don, hasard ou phénomène démontrable par la science? Une chercheuse veut percer le mystère
Les sourciers et sourcières utilisent une branche d'arbre ou une baguette manufacturée en forme de « Y » pour localiser les eaux souterraines. Photo iStock
Sacré-Cœur sera le théâtre d’un projet de recherche assez novateur, jusqu’à cet automne. Une chercheuse de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) va tenter de comprendre le mystère des individus capables de trouver de l’eau à l’aide de leur baguette.
Si on retourne 100 ans en arrière, trouver des veines d’eaux souterraines ce n’était pas de la tarte.
Certains individus ont comblé le vide laissé en l’absence de connaissances scientifiques, et sont devenus très habiles pour dénicher au pif des veines d’eau afin d’établir un puits.
Avec leur baguette en « Y », qui s’incline vers le sol dès qu’il y a présence d’eau, ils ont hérité du nom de sourciers et sourcières.
Beaucoup d’hypothèses pas de réponses
La chercheuse principale du projet de recherche sur les sourciers et sourcières se questionne à savoir s’il y a une base scientifique à ce don.
« Les sourciers ont souvent leur propre idée là-dessus, mais il n’y a aucune science ou aucun principe physiques qui ont été démontrés dans la littérature », révèle-t-elle.
Elle parle d’études qui ont été menées en Allemagne dans les années 1980, mais qui n’ont pas réussi à démontrer hors de tout doute qu’il y avait une base scientifique.

Geneviève Bordeleau le précise d’entrée de jeu, « on tombe très vite dans l’ésotérisme ».
« Les hypothèses voudraient que ce soit magnétique, d’autres sourciers disent que c’est énergétique et d’autres prétendent que c’est un phénomène électrique », résume-t-elle.
Grosse partie de Battleship
Pour vérifier tout cela, l’équipe de l’INRS a excavé une parcelle de terrain d’environ 100 mètres carrés à la station expérimentale près de la baie Ste-Marguerite à Sacré-Cœur.
Des tuyaux de métal et de plastique y ont été placés, certains remplis d’eau et d’autres vides.
Une fois le terrain remblayé, l’équipe a aménagé une grille de 25 cases où les sourciers peuvent se promener et tenter de repérer ce qu’il y a en dessous « comme dans une partie de Battleship » en y plaçant un jeton à l’emplacement désiré.

Dans le but de démontrer statistiquement si l’œuvre des sourciers va au-delà du hasard, Geneviève Bordeleau et son équipe vont croiser les données recueillies et tenter de dégager des tendances spécifiques.
« Peut-être que globalement, le tuyau de plastique n’est pas mieux que le hasard, mais que le tuyau de métal oui. Ce qui pourrait indiquer que le magnétique aurait un rôle à jouer », détaille-t-elle.
À la recherche de participants
Une cinquantaine de participants se sont déjà déplacés sur les lieux pour tenter l’expérience, et Geneviève Bordeleau aimerait en recruter davantage pour mener à bien son enquête.
« Le jeu prend environ une demi-journée par participant, et pendant qu’ils sont sur le site, on fournit la nourriture. Si un participant a besoin, il peut aussi coucher sur place », dit-elle, en précisant qu’il y a compensation financière pour couvrir une partie des frais de déplacement.
Cette dernière précise que les sourciers d’expérience ou non qui « considèrent que ça fonctionne pour eux » et qui l’ont fait au moins cinq fois peuvent la rejoindre par courriel sur la page de l’INRS.
« On veut aussi comparer des gens qui n’ont jamais fait ça et des gens expérimentés. On va mettre toutes les données ensemble, et on va faire des statistiques là-dessus », poursuit-elle.
Les réponses dans un an
Au terme des travaux et du recueillement de données, Geneviève Bordeleau va produire un article scientifique avec ses conclusions et communiquer les résultats avec des présentations et des capsules vidéos.
Mme Bordeleau estime que le processus d’écriture, d’évaluation et de communication des résultats pourrait prend environ un an.
Cette dernière estime que ça va être quelque chose « qui risque de faire du bruit », surtout en raison des enjeux contemporains de changements climatiques affectant la rareté de l’eau potable.
« C’est aussi de voir comment les sourciers pourraient aider à trouver de l’eau à l’époque moderne », indique-t-elle.
Elle ne s’en cache pas, il y a quelque chose de « bizarre » dans la collision des approches scientifiques et ésotériques.
« C’est super bizarre, mais en même temps j’aime ça. Nos visions du monde sont complètement différentes, mais il faut être capable de se parler pareil pour faire avancer la recherche et la science », relate-t-elle.
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