Une première québécoise en tourisme autochtone à Pessamit
Le bureau d'accueil de Tourisme Pessamit, point de départ des visites guidées et des rencontres culturelles avec les guides innus. Photo Anne-Sophie Paquet-T.
Il n’existe pas d’attestation d’études professionnelles (AEP) en tourisme au Québec, encore moins en tourisme autochtone. Entre en jeu Tourisme Pessamit, qui souhaite transformer cette réalité en proposant des cohortes de guides touristiques formés et adaptés pour raconter leurs propres cultures.
L’idée suscite déjà l’intérêt du ministère de l’Éducation.
Toutefois, la création d’une attestation d’études professionnelles d’agent touristique et culturel représente un chantier ambitieux qui s’échelonnera sur plusieurs années.
« Le ministère est vraiment très enthousiaste au fait qu’on veuille développer un AEP, parce que c’est un niveau d’attestation professionnelle beaucoup plus accessible à une grande majorité de participants », explique Jackie Gilbert Beaudoin de JGB services-conseils-formations, aussi experte-conseil pour Tourisme Pessamit depuis 2023.
« Ça mènerait à une certification reconnue par le ministère, et ça n’existe pas actuellement », précise-t-elle.
Cependant, l’équipe est réaliste quant aux délais. Le projet ministériel prendra au moins deux ans à développer.
« On aura facilement une à deux autres cohortes avant qu’il devienne officiel », précise-t-elle.
Le projet pilote existe depuis 2023 et les étudiants sortent de la formation avec un diplôme de formation semi-spécialisée (FMS), mais dont le contenu correspond déjà à celui du futur AEP.
« En fait, des AEP en tourisme, je n’en connais pas. Et un AEP en tourisme autochtone, ce serait une première », ajoute Jackie Gilbert Beaudoin.
Des guides formés par leurs pairs
Plus qu’une reconnaissance ministérielle, cette formation se distingue par son approche inédite puisqu’elle est conçue par et pour les communautés autochtones.
Les aînés de la communauté de Pessamit sont d’ailleurs les enseignants des cohortes.
De plus, le projet prévoit un tronc commun en tourisme qui pourrait être offert d’une communauté à l’autre, mais adapté aux réalités locales. « Chaque communauté viendrait enseigner ses particularités culturelles et les aînés resteraient au cœur de l’enseignement », souligne Mme Gilbert Beaudoin.
Le partage de culture avant tout
Au fil des cohortes, plusieurs participants expriment un désir de reconnecter avec leur identité. Pour eux, la formation va bien au-delà de la perspective d’emploi.
« Wow, je me suis réapproprié ma culture. Je me reconnecte à mon enfance. Il a fallu que je retourne aux études pour apprendre l’histoire de mon grand-père », raconte un participant, de la bouche de Linda Bacon, directrice du développement économique et touristique au Conseil des Innus de Pessamit.
Un second participant de la cohorte 2025, ayant grandi en dehors de sa communauté, souhaite aussi contribuer au rayonnement de ses racines.
« Je ne sais pas parler innu, mais je peux transmettre avec mes connaissances anglais-français, parce que c’est deux langues que je maîtrise bien. Revenir ici, pour moi, c’était quelque chose de très important », a-t-il confié à l’équipe de Tourisme Pessamit.
Tourisme Pessamit tient toutefois à être transparent sur la démarche. Les visites guidées intègrent aussi des éléments d’appréciation culturelle, qui ne sont pas tous spécifiques à la culture innue.
L’organisme rappelle souvent la différence entre appréciation culturelle et appropriation culturelle, celle d’apprendre avec respect, reconnaître l’origine des traditions et soutenir les communautés concernées, plutôt que de s’approprier des éléments sans permission ou contexte.
Trois années de projets pilotes
Cette idée d’un AEP trouve son origine dans un projet qui a pris forme en 2023. La première cohorte de guides, issue d’une formation en employabilité développée avec l’Aide au revenu, emploi et formation (AREF), comptait 11 inscrits et 6 finissants. « C’était un programme adapté juste pour guider et connaître l’histoire de Pessamit. La deuxième année, on connaissait mieux ce qu’il y avait à faire », résume Mme Bacon. La troisième cohorte, en cours cette année, vise à structurer davantage la formation et à poser les bases d’une reconnaissance officielle. « On a clairement besoin de soutien pédagogique et d’un cadre plus structuré, et c’est pour ça que le CREA et d’autres partenaires ont été impliqués », précise Jackie Gilbert Beaudoin.
À découvrir
Des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.