L’aluminium de la Côte-Nord s’en tire, malgré les tarifs
Aluminerie Alouette et Alcoa ont redirigé une partie de leur production vers des marchés autres que les États-Unis, dans les derniers mois. Photo Vincent Rioux-Berrouard
Même avec l’imposition de tarifs par le gouvernement américain, les alumineries québécoises et de la Côte-Nord réussissent à se tirer d’affaire.
Récemment, Rio Tinto a révélé qu’elle avait dû acquitter une somme d’environ 300 M$ US depuis l’instauration des droits de douane par l’administration Trump. Rappelons que cette entreprise est actionnaire d’Alouette, à Sept-Îles. Les tarifs ont toutefois été compensés par une hausse des prix sur le marché américains.
« Présentement, la facture a été donnée aux Américains », résume Marc-Antoine Dumont, économiste sénior pour le Mouvement Desjardins.
Aux États-Unis, la production intérieure est insuffisante pour la demande.
« Il y a peu d’alumineries en Amérique du Nord par rapport à la demande. Sans alternative, les consommateurs américains se retrouvent à payer le plein prix », dit-il. « Ils n’auront pas le choix de continuer d’importer de l’aluminium en provenance du Canada et du Québec. »
Malgré les craintes provoquées par l’arrivée d’une nouvelle administration en janvier dernier, l’industrie de l’aluminium au Québec s’en est bien tirée.
« Il y a eu un effet de devancement de l’activité économique. Beaucoup d’entreprises américaines ont acheté de l’aluminium et en ont stocké de manière préventive, parce qu’elles craignaient les effets des tarifs », dit M. Dumont. Il s’attend cependant à ce que la deuxième moitié d’année soit plus tranquille.
Selon les plus récentes données du Mouvement Desjardins, le prix de l’aluminium est de 2 651 $ US/tonne.
Comme plusieurs autres secteurs économiques, l’industrie de l’aluminium envisage de nouveaux marchés pour ses produits, afin de ne pas être économiquement dépendante d’un seul pays. D’ailleurs, le président et chef de la direction d’Aluminerie Alouette, Claude Gosselin, avait indiqué au Journal, il y a quelques semaines, que l’entreprise expédiait désormais 80 % de son aluminium vers l’Europe. Auparavant, les exportations étaient presque en totalité envoyées vers les États-Unis.
Alcoa, l’entreprise qui possède une aluminerie à Baie-Comeau, a adopté une stratégie semblable. Depuis mars, 100 000 tonnes d’aluminium destinées aux marchés américains ont été redirigées, a affirmé William F. Oplinger, président et chef de la direction d’Alcoa, lors d’une assemblée aux actionnaires à la mi-juillet. L’entreprise a la capacité de rediriger 30 % de sa production canadienne d’aluminium, vers d’autres marchés que les États-Unis.
« Je pense que la planète entière a compris qu’être dépendant, au niveau économique, des États-Unis, n’est peut-être pas une bonne chose », affirme Marc-André Dumont.
L’Europe a par contre des inconvénients, comme marché.
« Il faut se rappeler que l’Europe a perdu son industrie de l’aluminium et elle tente de la redévelopper », dit-il.
De plus, il faut traverser un océan pour amener l’aluminium en Europe, ce qui n’est pas le cas pour les États-Unis. Les liens d’affaires sont aussi bien établis avec les États-Unis, contrairement à l’Europe, dans l’industrie de l’aluminium.
« Le marché américain, ce n’est pas un marché duquel on veut sortir. Il est là pour demeurer », affirme-t-il.
Minerai de fer
La situation est différente pour l’industrie du fer, l’un des autres grands secteurs économiques de la Côte-Nord. La plupart des minières ont une stratégie qui fait que les exportations sont diversifiées. Toutefois, contrairement à l’aluminium, il y a une offre mondiale très abondante et de nombreux projets miniers d’envergure qui se développent dans le monde.
« C’est un marché pour lequel on s’attend à de légères baisses cette année. On pourrait descendre en dessous du 100 $ US/tonne », dit Marc-Antoine Dumont.
Selon le mouvement Desjardins, le prix du minerai de fer était de 103,5 $ US/tonne en date du 23 juillet.
En revanche, les données économiques de la Chine ont été plus positives que ce qui était prévu, ce qui a aidé le prix du fer. Le géant asiatique est l’un des principaux consommateurs de ce minerai à travers le monde.
« L’économie chinoise a montré une très bonne résilience aux tarifs. Dans ce contexte, ça va aider le marché du fer », affirme l’économiste.
Ce dernier reste toutefois prudent sur les prévisions, parce que les effets des guerres commerciales que mènent les États-Unis restent difficiles à prévoir pour l’économie mondiale.
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