Mur-mur sur le 53e parallèle : à Fermont, on vit à l’abri des clichés (et du vent)
Mur de Fermont - photo Mathieu Dupuis
Par Charlotte, votre humble et intrépide chroniqueuse exploratrice
Mes très chers lecteurs,
Imaginez un mur si long qu’on pourrait y faire du patin à roues alignées sans jamais croiser son voisin, et si solide qu’il pourrait tenir tête à une tempête… ou à un mauvais commentaire sur Facebook. Bienvenue à Fermont, ville minière, ville mythique, ville murée, mais pas dans le sens que vous croyez.
Car ce fameux Mur-écran, long de 1,3 kilomètre, est tout sauf un mur de prison. C’est un chef-d’œuvre d’architecture nordique, un rempart anti-vent, anti-gel et, osons le dire, anti-ennui. Il abrite sous son immense carcasse de béton des logements, une école, une épicerie, un coiffeur, une allée piétonnière chauffée, et probablement l’âme collective d’un peuple qui a décidé qu’affronter -40°C, c’était bien, mais pas tous les matins.
Quand le génie québécois rencontre le courage scandinave
Les architectes visionnaires Desnoyers et Schoenauer ont eu la brillante idée, dans les années 1970, de copier sans honte (et avec talent) les modèles suédois de Ralf Erskine, notamment celui de Svappavaara, petite localité du nord de la Suède où le froid pique, mais où les idées fusent. Là-bas, le brise-vent Ormen Långe protégeait autrefois une communauté minière semblable à la nôtre… sauf qu’il a été en partie démoli. Tandis qu’ici, à Fermont, le mur tient bon, aussi résistant qu’un ado devant une vaisselle sale.
En Suède, on mise désormais sur les mines autonomes, les engins électriques et les données en temps réel. Très bien. Mais à Fermont, on fait du vrai, du brut, du tangible. On extrait du fer, on lutte contre les vents arctiques, et on célèbre tout ça autour d’un café chaud… sans même sortir dehors.
De la tôle, des aurores et des Caterpillar
Ne croyez pas que Fermont se résume à un mur. Que nenni ! Il y a le lac Daviault, que des téméraires traversent à la nage en été (température de l’eau : glacier fondu), le mont Daviault pour les mollets curieux, le Taïga Carnaval en mars (où l’on comprend soudain que “folklore subarctique” est un mode de vie), et surtout le site du Mont-Wright, la plus grande mine à ciel ouvert en Amérique du Nord.
Là, les visiteurs se prennent en selfie devant des camions Caterpillar de 400 tonnes, tandis qu’une légère vibration du sol leur rappelle que sous leurs pieds, le Québec extrait ses entrailles de fer.
Un mur, une ville, un monde à part
Fermont, c’est ce bout du monde qui vous regarde droit dans les yeux et vous dit : « T’es pas game ». Et si vous l’êtes, alors vous repartirez transformé·e. Peut-être un peu décoiffé·e par le vent, certes, mais le cœur gonflé de respect pour ces bâtisseurs de l’extrême, ces mineurs, ces familles, ces rêveurs du nord qui ont fait d’un mur un style de vie atypique, une œuvre d’art… et d’une ville une légende.
Alors, Svappavaara, avec tes plans de mines numériques et ta discipline nordique, tu peux bien garder tes données. Nous, à Fermont, on a un mur, des aurores boréales, et un caractère en acier. Le tout, au chaud dans nos pantoufles… à 15 mètres de haut.
Toujours curieuse, jamais frileuse,
Je ne fais pas que visiter des endroits froids,
Je déniche ce que personne ne raconte,
Votre dévouée exploratrice du Nord, Charlotte.

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