Par Charlotte, votre humble et intrépide chroniqueuse exploratrice
Mes très chers lecteurs,
On pourrait croire que la Norvège, avec ses fjords m’as-tu-vu et ses montagnes dignes d’un calendrier de bureau, détient le monopole des délices nordiques. Eh bien, permettez-moi de rectifier ce préjugé sucré : ici, sur la Côte-Nord, nous avons une perle dorée que même les vikings auraient jalousée s’ils avaient eu l’audace de traverser l’Atlantique, la chicoutai.
La chicoutai (ou plaquebière, pour ceux qui aiment semer la confusion à l’épicerie) est un petit fruit ambré, délicatement translucide quand il est mûr, et furieusement riche en vitamine C. Sa saison de gloire débute à la fin juillet, lorsque la Côte-Nord devient soudain le terrain de chasse préféré des gourmands en bottes de caoutchouc. Armés de paniers et de bonnes intentions, ils s’enfoncent dans les tourbières et les marécages à la recherche de ces précieuses baies qui ressemblent à des perles d’ambre échappées d’un collier ancien.
Pendant que les Norvégiens du Lyngenfjord se rengorgent avec leurs cueillettes dans la toundra, ici, la chicoutai est une tradition qui ne se contente pas d’être pittoresque. C’est un rituel presque sacré, partagé de génération en génération. À Rivière-au-Tonnerre, la Maison de la Chicoutai en a même fait son royaume. On y trouve confitures, gelées, liqueurs et une foule d’autres produits qui prouvent que ce petit fruit est un trésor plus polyvalent qu’un couteau suisse.
Si vous n’avez jamais goûté à cette baie, imaginez un croisement audacieux entre l’abricot et la framboise, avec une touche acidulée qui réveille la mémoire des marécages où elle est née. On raconte même qu’elle peut guérir un moral en berne, une propriété que nos cousins scandinaves s’approprient sans vergogne sous l’étiquette marketing de “baie arctique”.
La Norvège, justement, adore se pavaner avec ses récoltes estivales. Là-bas, on se targue de ramasser la mûre arctique dans les tourbières de Tromsø ou de Finnmark, à la main. C’est charmant, mais il faut le dire : sur la Côte-Nord, nous avons ajouté un sens de l’hospitalité (et un soupçon d’autodérision) que l’on ne trouve pas toujours de l’autre côté de l’Atlantique. Ici, à la Maison de la Chicoutai à Rivière-au-Tonnerre, on peut non seulement avoir des chicoutais, mais aussi repartir avec des pots de confiture et un sentiment de fierté farouche.
La chicoutai est aussi capricieuse qu’une diva de festival. Il faut surveiller sa robe dorée : si elle est tachée de noir, passez votre chemin. Trop verte, elle vous fera la grimace. Il faut attendre ce moment précis où le fruit, gorgé de soleil, se détache avec la même délicatesse qu’un secret murmuré. Et il est essentiel, mes chers lecteurs, de cueillir avec respect : pas de saccage, pas de cueillette compulsive, pas de piétinement des tourbières comme un troupeau de trolls pressés.
Au fond, cette cueillette est l’exemple parfait de ce que la Côte-Nord sait faire de mieux : allier le grandiose et l’intime. Car pendant qu’en Norvège, le touriste s’extasie en kayak sur les fjords en se demandant s’il aura assez de place dans sa valise pour tous ses pots de confiture, ici, nous savons qu’il n’est nul besoin de falaises à 1 000 mètres pour se sentir infiniment vivant. Il suffit d’une tourbière, d’un panier et de quelques baies dorées qui vous rappellent que la nature aime se faire désirer.
Alors, cet été, laissez la Scandinavie à ses fjords surexposés. Mettez vos bottes, sortez votre plus beau chapeau à moustiquaire et partez chercher la chicoutai. Car rien, absolument rien, ne remplace le frisson modeste mais triomphant de revenir avec le fruit le plus précieux de la Côte-Nord.
Avec toute ma passion,
Votre dévouée Charlotte, chroniqueuse des petites baies et des grandes vérités.

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