Musée de la Côte-Nord : il évite le pensionnat et préserve son mode de vie

Par Lucas Sanniti 11:45 AM - 10 mars 2025
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Jean-Baptiste Bellefleur à bord de son canot. Capture d'écran du film Ush.

Avec l’exposition Ush – Le canot de Shapatesh-Manek Bellefleur, le cinéaste Eddy Malenfant rend hommage à un homme qui, même après sa mort, continue de transmettre ses connaissances traditionnelles.

C’est le 2 mars dernier que le canot traditionnel fabriqué par Shapatesh-Manek Bellefleur, dit Jean-Baptiste, a été exposé pour la première fois au Musée de la Côte-Nord.

Eddy Malenfant, un cinéaste qui s’est donné comme mission de promouvoir la culture innue, était aux côtés de Jean-Baptiste, lors de la confection de cette embarcation.

Armé de sa caméra, il a documenté le processus, de la branche à la rivière. Son documentaire intitulé Ush (canot) était diffusé en continu pendant l’inauguration de l’exposition.

Pour ce gardien de la mémoire innue, ce canot est bien plus qu’un simple moyen de locomotion.

« Le canot, quand on parle de connaissances traditionnelles, on ne peut pas l’oublier. C’était la façon de voyager partout sur les autoroutes qu’étaient les rivières », avance Eddy Malenfant. « On ne peut pas parler de culture innue sans parler du canot. »

Le canot de Jean-Baptiste Bellefleur au Musée de la Côte-Nord. Photo Lucas Sanniti

Le gabarit du canot de Jean-Baptiste est une réplique presque exacte du canot à écorce traditionnel, à quelques exceptions près. Au lieu d’écorce, on utilise une toile. Les varennes du canot, qui lui donnent sa forme, ne sont pas fixées, ce qui permet des réparations plus faciles en cas de bris.

La pureté de l’innu-aitun

Mais qui est Shapatesh-Manek Bellefleur ? L’Innu originaire d’Unamen Shipu a longtemps pratiqué ses savoir-faire ancestraux en territoire, avec une fidélité rarement vue aujourd’hui.

La raison ? Il a eu la chance de ne jamais être passé par les pensionnats autochtones.

« À l’époque, Jean-Baptiste était supposé aller au pensionnat, mais son frère, Zacharie, avait envoyé promener le curé », partage Eddy Malenfant, un rire dans la voix. « Le curé a renvoyé Zach du pensionnat, et Jean-Baptiste n’avait plus le droit d’y aller. Aujourd’hui, c’est tant mieux ! »

Eddy Malenfant, cinéaste et présentateur de l’exposition Ush – le canot de Shapatesh-Manek Bellefleur. Photo Lucas Sanniti

Cette réalité a permis à Jean-Baptiste Bellefleur de préserver plusieurs aspects de son mode de vie, sans voir ses connaissances effacées par l’élimination culturelle mise de l’avant dans ces institutions religieuses.

Au cours de sa vie, l’homme a tenté autant que possible de transmettre ses connaissances aux plus jeunes, une tâche qu’Eddy Malenfant et Production Manitu Mani-Utenam inc. s’efforcent de continuer.

« Il y a une richesse dans cette culture que les Québécois ne connaissent pas du tout », soulève le cinéaste. « La spiritualité, toutes les croyances, les mythes, ce n’est pas là pour rien. Ça a existé, parce qu’il y avait de bonnes raisons. C’est ça qu’on essaie d’amener, cette dimension là, importante pour un humain. »

Jean-Baptiste Bellefleur est décédé l’année dernière, à l’âge de 84 ans. Il a eu la chance de voir Ush, à Unamen Shipu, avant son grand départ.

Être curieux 

Depuis le début de son parcours, Eddy Malenfant constate que les gens s’ouvrent peu à peu à l’inconnu. Un rayon de lumière réconfortant dans un monde moderne qu’il trouve parfois incertain.

« Avant, ce n’était pas ça. On parlait des Autochtones deux jours par année et on pensait qu’on avait tout réglé l’histoire. C’est en train de changer pour le mieux. Je le vois. En 50 ans, il y a une grosse différence. »

Face à cette vague d’intérêt grandissant, Eddy Malenfant porte un message clair :

« Juste être curieux, c’est déjà bien. Pas de préjugés dans l’histoire, allez voir par curiosité, vous allez apprendre beaucoup de choses. » 

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