Parler de maltraitance avec les aînés innus

Par Jacob Buisson 1:59 PM - 14 juin 2024 Initiative de journalisme local
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Les 12, 13 et 14 juin, Uashat mak Mani-utenam offre à ses aînés des journées d’apprentissage et de partage sur la maltraitance qu’ils peuvent subir. 

Chaque jour de l’événement, une douzaine d’aînés sont amenés au bord de la rivière Moisie pour, officiellement, se ressourcer. En réalité, c’est un prétexte pour discuter de mauvais traitements que peuvent leur infliger leurs proches et leurs soignants. En petits groupes, les gens sont plus ouverts à parler de leur vécu, explique Séléna Grégoire, coordonnatrice du maintien à domicile pour le Centre Uauitshitun. 

Elle donne des exemples. Le plus connu est l’extorsion d’argent, mais il en a beaucoup d’autres. Si un soignant refuse d’offrir un traducteur en innu-aimun ou s’il force l’aîné à manger plus qu’à sa faim, c’est de la maltraitance. Si un parent dépose son enfant chez les grands-parents sans leur consentement, c’est de la maltraitance.

Bien que ça soit normalisé chez les Innus de faire garder ses enfants par leurs grands-parents, Mme Grégoire explique qu’il faut respecter les limites des aînés.

« On a banalisé ces gestes avec lesquels on a grandi, mais finalement c’est de la maltraitance », dénonce-t-elle. On peut penser par exemple à un parent qui dépose son enfant pour partir plusieurs jours sans donner de nouvelles. 

Les personnes âgées dénoncent rarement le traitement de leurs proches. « Ça fait cinq ans que je travaille pour les aînées de la communauté et que je suis témoin. L’aîné ne veut pas dénoncer parce qu’il a peur de se retrouver seul ». 

La journée de ressourcement débute avec des ateliers de partage. Ça permet aux personnes âgées de se sentir moins seules dans leur épreuve. De plus, ils peuvent s’entraider pour trouver des solutions.

Puis, en après-midi, tous les aînés font un tour de chaloupe sur la Moisie, même ceux à mobilité réduite. Lors de la première édition en 2021, une dame de 93 ans avait embarqué dans le bateau et avait pleuré. La dernière fois qu’elle avait navigué sur la rivière était à ses 17 ans. Elle a raconté des expériences de sa vie nomade qui refaisaient surface.

Pendant la journée, les aînés peuvent manger de la nourriture traditionnelle, parce qu’ils n’y ont pas accès au quotidien. « Si un aîné veut manger du capelan, mais que sa fille trouve ça dégueulasse, que ça ne sent pas bon, et bien l’aîné se prive d’en manger », illustre Mme Grégoire.

Ainsi, cette journée permet aux aînés de se revigorer, de se reconnecter à leur bonheur. « On les remplit d’amour, et ils s’en retournent à la maison avec une bonne énergie », se réjouit Séléna Grégoire.

Ces journées sont organisées dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes aînées, le 15 juin.

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