De futures infirmières de Sept-Îles en immersion

Par Sylvain Turcotte 5:00 AM - 18 octobre 2023
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Photo courtoisie

Le groupe d'étudiantes et enseignantes en soins infirmiers du Cégep de Sept-Îles, accompagné de l'infirmier responsable du Centre Mashtishanitshuap, Léonce Picard, et de Tania Courtois, coordonnatrice de la santé communautaire.

Au cœur de la tourmente entourant la mort de Joyce Echaquan en septembre 2020, des impacts de la Commission Viens et de la sécurisation culturelle, les neuf étudiantes de troisième année du programme de soins infirmiers du Cégep de Sept-Îles se sont imprégnées d’une tout autre réalité au début d’octobre.

En compagnie des enseignantes Chantal Pinard et Nancy Murray ainsi que la coordonnatrice du programme, Lorraine Denis, elles ont vécu un stage d’immersion culturelle à Ekuanitshit les 2, 3 et 4 octobre.

Ce projet pilote, pensé à l’automne 2022, sera pérennisé avec les retombées positives de cette première expérience. C’est Marie-Marthe Malek, conseillère pédagogique et navigatrice des services Premières Nations pour le Cégep de Sept-Îles, qui avait fait le lien au départ et établi les communications avec le Centre de santé Mashtishanitshuap.

En amont à ce stage, les deux enseignantes avaient abordé le principe de Jordan, les événements liés à la mort de Joyce Echaquan et la loi C-92 (Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis).

« Même avant les événements de Joyce Echaquan, la dignité humaine était enseignée aux élèves », ont souligné les enseignantes. 

Les étudiantes avaient aussi eu droit à des partages d’expérience sur ce qui les attendait de la part d’une ancienne étudiante et maintenant infirmière au Centre de santé à Ekuanitshit, Anouk Michel et de Trycia Laroque, allochtone qui travaille pour la communauté de Uashat mak Mani-utenam, ainsi que de Maryse Doyon, travailleuse sociale. 

Un contact privilégié

Le personnel enseignant voulait plus qu’un stage clinique à Ekuanitshit. « Nous sommes allés dans leurs milieux. Le but, c’était d’être en contact avec les gens de la communauté », a précisé Lorraine Denis.

Oui les étudiantes ont fait des soins à domicile, de l’accueil clinique, de la vaccination, mais l’objectif premier était une immersion culturelle, une expérience communautaire. 

Elles ont donné des soins sécurisants, mais c’était « surtout pour mieux comprendre leur réalité, leur culture », a souligné l’étudiante Marion Riopel. Elle retient aussi « l’effet de gang qui a permis de serrer les liens. »

Ce fut un partage de culture. Les futures infirmières et leurs enseignantes accompagnatrices ont notamment passé du temps dans une garderie et ont cuisiné, entre autres, la banique.  

Les élèves ont aussi été émues par l’accueil d’une aînée. Elles ont également vécu une cérémonie de purification avec Rita Mestokosho et une rencontre avec une aînée de la communauté, rencontre empreinte d’émotions. 

Grandies !

Les quatre personnes rencontrées lors de l’entrevue sont unanimes. Cette immersion culturelle a été des plus enrichissantes. 

Elles ont particulièrement apprécié l’accueil de l’infirmier responsable du Centre, Léonce Picard. « Il nous a apporté sa vision de la sécurisation culturelle, un discours inclusif, rassembleur. Il a dit qu’on ne devrait pas avoir à parler de ça. On est égaux, on traite des humains vulnérables », a mentionné Chantal Pinard. « Ce discours a rassuré les étudiantes à leur arrivée », a-t-elle renchéri.

« Il nous a dit que la terre n’appartient à personne », a soutenu Marion Riopel.

Quant à Nancy Murray, elle retient ses échanges avec une intervenante en toxicomanie, pour connaître les raisons de la consommation, afin que les étudiantes puissent comprendre leurs enjeux et ressources. 

« On ressort grandies. Pas seulement les étudiantes, mais nous aussi. Malgré qu’on ait 100 ans d’expérience, on a reçu beaucoup de bagages. On a découvert des choses. Ça aide à comprendre. On ressort de la plus sensible », a laissé savoir entendre Mme Pinard. 

Ce qu’elles ont retenu globalement, c’est le goût du partage des personnes rencontrées, leur générosité, leur rire. 

« Avec eux, il n’y a pas de temps, a exprimé Mme Murray. Il faut y aller de petits objectifs et une approche à petits pas. »

« On comprend leur culture et leur importance de prendre le temps de faire les choses. Il faut faire avec ce que le patient veut, a assuré Marion Riopel. Ils nous ont tellement donné qu’on ne savait pas quoi faire pour les remercier. On a apprécié leur ouverture. » Elles se sentent redevables. Comme continuité en cette dernière année d’études en soins infirmiers, les étudiantes auront le cours de Sociologie de la santé. L’an dernier, elles ont suivi celui de Sociologie de la famille.

« Il faut comprendre et avancer », a soutenu Lorraine Denis, qui souligne qu’elle avait le groupe d’étudiantes parfait pour cette immersion culturelle. 

« Elles étaient totalement ouvertes et vraies. Elles ont plongé et se sont abandonnées dans le projet. » 

La coordonnatrice mentionne que le stage d’immersion pourrait se tenir dans d’autres communautés dans l’avenir. Le Centre de santé de Uashat mak Mani-utenam les avait approchées, mais l’objectif était une pleine immersion.  

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