Les mots pour dire 2022

Par Émélie Bernier 8:00 AM - 28 Décembre 2022 Initiative de journalisme local
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En 2021, nous nous mettions les termes métavers, variant, partage d’écran, tourisme spatial et passeport vaccinal en bouche, les faisions rouler de gauche à droite, de haut en bas, nous en gargarisions pour mieux les absorber, parfois contre notre gré. En 2022, quels sont ces mots qui se sont frottés à notre langue pour s’y accrocher pour de bon?

Chaque année, l’Office québécois de la langue française (OQLF) se prête au jeu d’identifier une douzaine de mots, tantôt néologismes, tantôt réanimés par l’actualité, dont la popularité a crû avec l’usage.  

Si les palmarès de 2021 et 2020 avaient été largement influencés par le persistant épisode pandémique, 2022 ne s’en sort pas tout à fait. L’autotest, ce test pour lequel le sujet réalise lui-même le prélèvement, la lecture et l’interprétation des résultats, et qui est destiné à renseigner sur un état physiologique ou pathologique,  arrive en tête de liste.

À leur arrivée dans les pharmacies, les fameuses boîtes vertes étaient aussi convoitées que le tempra et le tylenol pour enfants aujourd’hui ou le papier de toilettes en début de pandémie.

Difficile de croire que nous étions tous si collectivement impatients de s’enfoncer un interminable coton tige dans le nez…

Travailler c’est trop dur

Quelques-uns des termes « primés » témoignent de l’évolution, ou de la déliquescence, du monde du travail qui assure une présence marquée dans la liste de l’OQLF en 2022. Le capital humain , ce capital constitué des connaissances, des habiletés, des compétences et des attributs des individus, et qui contribue à déterminer la capacité de production d’une société, fait enfin son entrée dans les us, et c’est une excellente chose.

Que serait notre économie sans ceux et celles qui la construisent chaque jour? Sans nous, quoi! Nous sommes les ouvriers du grand œuvre sociétal. Et parfois, ça fait mal…

D’où l’apparition du concept de droit à la déconnexion (droit donné à un travailleur de refuser de rester joignable au moyen d’appareils électroniques pour des motifs professionnels en dehors de ses heures de travail) et de désengagement discret (démarche par laquelle un salarié prend la décision de moins s’investir dans son travail et de s’acquitter de ses tâches et de ses responsabilités professionnelles en ne répondant qu’aux exigences minimales de son poste), corollaires de l’abus récurrent dont est victime le fameux capital humain, trop souvent exploité jusqu’à la moelle et même au-delà…

Car dans capital humain, certes il y a le mot « capital », mais il y a également le mot « humain ». 

On connaît tous quelqu’un qui a craqué cette année. Parfois même croise-t-on  ce quelqu’un tous les matins dans le miroir. Le télétravail, ou de son petit nom affectueux TT, n’a pas fait que des heureux. Si certains ont adoré partir une brassée entre deux Zooms ou siester à l’heure du lunch, d’autres ont peiné à établir une frontière perméable, et saine, entre le travail et la vie, soudain enclavés dans un même espace…   

Arnaque à l’américaine

Mais il faut bien travailler, non, si on veut survivre non seulement à l’inflation, mais également à la réduflation, cette nouvelle expression consacrée par l’OQLF et calquée sur l’anglais shrinkflation.  

Quoi qu’il en soit, la réduflation, ou sous-dimensionnement d’un bien de consommation courante par son fabricant, sans diminution du prix de vente, est une belle arnaque bien emballée! On paie le même prix pour 450 millilitres de yogourt au lieu de 500, pour 237 grammes de céréales au lieu de 275, pour un sac de 5 citrons au lieu de 6… et on n’y voit que du feu! Il faut dire que la mise en scène est parfaite. Les boîtes, bocaux et sacs n’ont pas changé de format ni d’allure et la procédure, bien que croche, est tout à fait légale. La déqualiflation est la petite sœur canaille de la réduflation. Alors que la seconde ampute sur la quantité, la première fait de même avec la qualité… Et nous achetons sans sourciller.

« Every body is a beach body »

Poursuivons sur une note un peu plus optimiste et parlons de positivité corporelle! Cette jolie expression qui a droit de cité dans le répertoire le plus récent de l’OQLF est décrite comme un  mouvement social qui prône l’acceptation de soi et la diversité corporelle en encourageant la remise en question de l’idéal de beauté véhiculé dans la société et l’adoption d’un discours positif à l’égard du corps.  Les adeptes  de la positivité corporelle , dont nous devrions tous être, sans exception s’indignent de la tendance généralisée à la morphostigmatisation, un autre néologisme inspiré de l’anglais « body shaming » et qui englobe, entre autres, la grossophobie.

On règle une chose tout de suite, ok? Les bourrelets, rides, vergetures et autres creux et bosses, les cheveux gris, les joues qui tombent, le « gras de bras » et tous ces soi-disant « défauts » qui sont les nôtres sont précieux, beaux, admirables! Cessons de lutter contre ces traits qui dessinent notre humanité, qui relatent notre histoire, qui nous distinguent de la masse trop lisse qu’une industrie de la beauté dépassée tente d’ériger en idéal dans un seul but bien égoïste : s’enrichir!

 En 2023, je nous souhaite d’être conséconscient*! La conséconcience, sans doute  le plus joli mot du palmarès 2022,  qualifie une personne qui tend à considérer les conséquences à moyen et à long terme de ses actions comme un élément prioritaire lors de la prise d’une décision, quel que soit cette décision. Soyons gentils, doux, vrais, soyons écolos, consciencieux, respectueux des autres et de nous-mêmes, soyons ravis d’être en vie et profitons-en!

Bonne année, chers lecteurs! On se retrouve en 2023!

*Le terme conséconscient (et sa forme féminine) est une création de Hubert Lefebvre, un élève du collège Notre-Dame qui l’a proposé dans le cadre du Concours de créativité lexicale de  l’Office québécois de la langue française.

Ô non, le français n’est pas mort, il vit encore!

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