Un pont sur le Saguenay, la clé pour entrer dans le XXIe siècle

Par Raphaël Hovington 7:00 AM - 04 mars 2022
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Cinquante ans après la première étude technique et économique réalisée par une firme de Londres pour un projet de pont sur la rivière Saguenay, voilà qu’on connaîtra le fin mot de toute cette aventure l’année prochaine, alors que l’étude d’opportunité commandée par Transports Québec sera rendue publique.

Dans le but de mettre à jour la multitude d’études réalisées depuis 1973 jusqu’à celle plus récente de la Société du pont sur le Saguenay, en 2015, cette étude d’opportunité touchera de nombreux aspects tant environnementaux qu’économiques. Trois corridors sont possibles pour prolonger la route 138 entre les deux rives de la rivière Saguenay.

Le plus dispendieux semble celui de La Boule, puisqu’il est situé en montagne, mais il sera sans impact majeur sur le magnifique et pittoresque paysage de Tadoussac, un village intimement lié à l’histoire de la Nouvelle-France.

La semaine dernière, le ministre des Transports a annoncé le lancement de l’appel d’offres pour une étude socio-économique devant traiter des répercussions de la construction d’un pont au-dessus de la rivière Saguenay sur l’exploitation de la traverse Tadoussac-Baie-Sainte-Catherine. Le maire de Tadoussac n’a pas tardé à réagir en confiant à la journaliste Diane Tremblay du Journal de Québec qu’il ne voulait pas d’un pont ayant pour effet d’éliminer des emplois dans sa municipalité.

Moins catégorique que son prédécesseur, le maire Richard Therrien semble ouvert à des compromis, mais il se portera à la défense des 60 à 70 emplois reliés à la traverse qui laissent pour plus de 3 M$ de retombées économiques dans sa municipalité. Diplomate, il se dit fier que cet important dossier pour la Côte-Nord franchisse plusieurs étapes en parallèle. Les deux études seront réalisées en parallèle pour le printemps 2023.

L’étude socio-économique doit aussi évaluer des mesures d’atténuation envisageables à la construction d’un pont.  « Si on est pour perdre ces emplois, on va fermer les portes à Tadoussac », craint le maire Therrien. Ses appréhensions sont plus que légitimes car la Société des traversiers du Québec est le principal employeur de Tadoussac. L’économie de ce fleuron de l’histoire canadienne, qui compte environ 800 habitants, est surtout axée sur le tourisme.

Il apparait tout à fait normal que la population de l’endroit soit consultée le moment venu par ses dirigeants, car elle aura à choisir entre brandir des pancartes pour maintenir le lien fluvial actuel ou, dans un geste de solidarité exemplaire, permettre à la Côte-Nord d’entrer de plein pied dans le XXIe siècle, en étant relier au réseau routier du Québec.

Le choix sera déchirant si on devait en arriver là. D’où l’obligation « morale » du gouvernement de trouver des solutions alternatives pour épauler les Tadoussaciens  dans leur désir de continuer à vivre dans les meilleures conditions possibles sur ce coin de terre qui fut témoin, en 1603, de la signature du premier traité entre les Blancs et les Amérindiens de l’Amérique par Samuel de Champlain, à la pointe aux Alouettes.

La Société du pont sur le Saguenay milite depuis 22 ans pour le désenclavement de la Côte-Nord via la construction d’un pont sur le Saguenay. Elle a développé un argumentaire des plus convaincants bien que le premier ministre François Legault ait déjà jugé ce projet irréaliste en raison des coûts. Les Guillaume Tremblay (Coalition Union 138) et compagnie n’ont pas manqué de lui rappeler qu’il songe à construire un tunnel de 10 G$ pour relier Québec à Lévis.

Avec raison, car on constate qu’au gré des humeurs des politiciens ou des fonctionnaires, on a gonflé les coûts de construction de ce pont et de ses voies d’accès jusqu’à 1,5 milliard de dollars. C’est trois fois plus coûteux que ne l’estimait la Société du pont en 2015 (450 M $). Pourquoi chercher ainsi à piéger l’économie de la Côte-Nord?

Comme vient tout juste de le déclarer l’ex-ministre Lucien Lessard, en réaction aux propos du maire Therrien : « Est-il normal de bloquer le développement économique et social de toute une région pour sauver 60-70 emplois à Tadoussac? ». La Côte-Nord a grand besoin d’oxygène et celle-ci passe par la construction d’un pont.

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