Privée d’eau potable depuis un an, une résidente de Cap Colombier lance un cri d’alarme

Par Johannie Gaudreault 4:18 PM - 05 novembre 2021
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Une résidente de Cap Colombier, Sylvie Picard, se retrouve sans eau potable depuis un an à la suite de l’érosion des berges sur sa propriété et dénonce l’inaction de la Municipalité. Photo : Courtoisie

Sylvie Picard de Cap Colombier attend depuis près d’un an de récupérer l’accès à l’eau potable, après que son puits de surface ait été emporté par l’érosion des berges à la suite de grandes marées. Ayant alerté les instances municipales et gouvernementales, elle se retrouve maintenant dans une impasse.

C’est en novembre 2020 que tout a commencé. « Ma résidence est privée d’alimentation en eau à la suite de fortes marées, accentuées par une inondation. Ces conditions extrêmes ont arraché les installations d’alimentation en eau de ma résidence principale. Un système précaire temporaire estival a été installé en urgence. Dès l’arrivée du gel, j’ai dû assurer l’alimentation de mon domicile en transportant des 45 gallons d’eau à l’aide de mon véhicule », raconte Sylvie Picard.

Selon la citoyenne, cette situation ne se limiterait pas à elle seule, mais pourrait toucher à plus ou moins court terme, 24 autres résidences dans ce secteur lors des prochaines marées d’automne ou des sécheresses estivales.

« Nos installations qui autrefois étaient alimentées par des puits de surface au pied des talus sont menacées par l’érosion des berges et les zones d’inondation. Une fois emportées, elles sont interdites de reconstruction par le ministère de la Sécurité publique (MSP) », explique-t-elle.

Après avoir réalisé que ses installations ne fonctionnaient plus et constatant qu’aucune intervention du MSP n’avait été déployée, Sylvie Picard débute ses démarches auprès des instances municipales. Elle propose deux pistes de solutions aux employés municipaux rencontrés : « envisager un branchement d’aqueduc pour les résidents et dans l’impossibilité de la première option, opter pour la construction d’un puits communautaire sur les terres de la MRC ».

En février 2021, aucune de ces solutions n’est dans les plans de la Municipalité de Colombier, qui lui fait parvenir une réponse par courrier. La résidente ne baisse pas les bras et cogne à plusieurs portes. Au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), les échanges se sont avérés « sans aucun support satisfaisant considérant l’urgence de la problématique », selon la principale intéressée.

Après avoir contacté le député Martin Ouellet et le MSP, c’est à la MRC de La Haute-Côte-Nord en mai dernier que Mme Picard trouve une oreille attentive. « Ce fut la seule instance à présenter de l’empathie à ma cause, dit-elle. Le directeur est la seule personne en responsabilité à s’être déplacée pour constater les dommages sur nos terrains. Il a demandé à la Municipalité de répertorier le nombre de résidents de notre secteur afin d’aller de l’avant et mettre en chantier le plus rapidement un puits communautaire. »

Un autre écueil

Une fois l’espoir installé, un autre écueil vient alourdir la situation de la résidente de Cap Colombier. Les démarches pour le forage d’un puits artésien sur sa propriété démontrent que le risque de se retrouver avec une eau salée est élevé.

« En conclusion, pour des raisons de faisabilité et de contraintes du milieu, une commande claire a été formulée par le directeur de la MRC, soit l’installation d’un puits communautaire pour assurer l’accès à de l’eau aux résidents du secteur, et ce, en urgence », précise Mme Picard.

Pour ce faire un prêt serait contracté par la Municipalité et les frais retournés aux contribuables de Cap Colombier. Toutefois, quatre mois plus tard, aucune action n’a été entreprise au grand désespoir de Sylvie Picard qui a prévenu une fois de plus la MRC.

« La Municipalité prélève des taxes selon les services qu’elle se doit de donner… Les services d’urgences n’en font-ils pas partie? La réelle question ici est si on préfère ignorer le problème en contournant simplement avec réponse béate de zonage alors que les vrais enjeux sont l’urgence d’avoir accès à de l’eau comme tout autre citoyen payeur de taxes », conclut la résidente du Cap Colombier qui interpelle la préfète de la MRC de La Haute-Côte-Nord, Micheline Anctil, pour faire évoluer le dossier.

Au lendemain des élections municipales, Sylvie Picard s’adresse également à la nouvelle mairesse de Colombier, Claire Savard afin de faire « une évaluation complète et immédiate de toute la zone de Cap Colombier et d’informer les résidents au sujet du programme d’indemnisation auquel ils ont droit ».

Une compétence municipale, selon la préfète

Contactée au sujet du dossier de la pénurie d’eau vécue par Sylvie Picard, résidente du Cap Colombier, la préfète de la MRC de La Haute-Côte-Nord, Micheline Anctil, déclare que « la MRC n’a pas compétence dans le domaine de l’approvisionnement en eau, la compétence appartient à la municipalité locale ».

Dans les faits, l’approvisionnement en eau peut être assuré de deux façons : desservi par un réseau municipal ou relevé directement des propriétaires dans des secteurs dits non desservis où alors le propriétaire doit obtenir un permis pour la mise en place de son puits, selon Mme Anctil.

« Dans le cas de Mme Picard, il semble que Colombier a compensé en mettant à sa disposition de l’eau potable au bureau municipal. De plus, la citoyenne peut demander à la Municipalité un permis pour implanter un puits sur son terrain, à ses frais », commente la préfète.

Colombier n’a pas la solution miracle

Du côté de la municipalité de Colombier, on assure avoir tout tenté jusqu’ici afin de trouver une solution au problème que vit Sylvie Picard, mais aucune solution disponible n’est réalisable à court terme et surtout, les limites de ce que peut faire la municipalité sont rapidement atteintes.

Steeve Paradis

La directrice générale de la localité rappelle d’entrée de jeu qu’à son ouverture, le chemin du Cap Colombier où réside Mme Picard et une vingtaine d’autres personnes était exclusivement un secteur de villégiature.

« En théorie, il n’y avait pas de résidents permanents qui devaient s’établir là. Au départ, ce n’est pas une place pour vivre à l’année », a indiqué Milaine Charron, faisant ainsi valoir qu’il n’y a donc jamais eu d’intention de la part de la municipalité d’apporter l’aqueduc jusqu’à ce secteur ou de fournir de l’eau de façon permanente de quelque façon que ce soit.

Au fil des ans, des résidents du coin se sont construits des puits, avec plus ou moins de succès en ce qui concerne un apport suffisant d’eau ou encore sa qualité. Ils ne sont pas rares ceux qui se retrouvent au bout du compte avec un puits d’eau salée.

Une autre possibilité est un système de captage des eaux, mais encore là, le succès est incertain. « Ça reste un coup de dés, qui coûte entre 10 et 15 000 $ », précise l’inspecteur municipal de Colombier, Paul Lapointe.

« On regarde bien sûr pour trouver une solution, on ne veut assurément pas laisser des citoyens dans le besoin, mais une fois qu’une solution sera trouvée, on ne pourra pas faire grand-chose de plus comme municipalité », ajoute Mme Charron, laissant ainsi entendre que la localité ne pourra payer pour les éventuels correctifs.

Fouiller les programmes

Toutefois, Colombier vient récemment d’embaucher une agente de développement, et l’une de ses premières tâches sera de fouiller dans la totalité des programmes d’aide des ministères concernés afin de trouver un programme qui pourrait soutenir financièrement une solution permanente au problème de l’eau à Cap Colombier, a indiqué celle qui est également secrétaire-trésorière.

Milaine Charron a également assuré que la MRC de La Haute-Côte-Nord est bien au fait du dossier de Sylvie Picard, tout comme le bureau régional de la Sécurité civile.

La directrice générale a fait valoir que des discussions sont amorcées avec la MRC pour la création d’un possible puits communautaire, qui se trouverait sur des terres publiques gérées par la MRC.

Mais avant que les résidents de Cap Colombier puisent leur eau dans cet éventuel puits, il y a encore loin de la coupe aux lèvres…

« Il y a bien des études à faire », a soupiré Mme Charron. Il faudra notamment démontrer qu’il y a suffisamment d’eau dans ce secteur pour alimenter un pareil puits et aussi s’assurer qu’on ne frappe pas une source d’eau salée.
Toutes ces démarches, a conclu Milaine Charron, visent à appuyer Sylvie Picard dans ce qui devient sa croisade pour obtenir de l’eau potable en tout temps.

« Mme Picard frappe à toutes les portes et elle a raison de le faire. C’est peut-être ça qui va faire débloquer le dossier. »

Des résidents de Cap Colombier ont été rencontrés par le Journal le 5 novembre. Plus de détails dans l’édition papier du 10 novembre.


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