Nous autres les mères avec nos bébés, on peut bien sécher

Par Emy-Jane Déry 7:00 AM - 26 mai 2021
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Dans ma charge mentale quotidienne de nouvelle maman, quand s’introduit le mot garderie à travers le souper, les lunchs, le bain, le lavage et le bordel de la cuisine, je me sens mal.

Un mal sans fin, parce que je n’ai aucun contrôle là-dessus. Si je suis en train d’écrire cette chronique aujourd’hui, c’est parce que je suis chanceuse. Le terme est important. CHANCEUSE. Pas une payeuse d’impôt du Québec, province qui possède supposément un « modèle » en matière de système de garderies.

Non, non.

Chanceuse d’avoir des boss qui comprennent quand je reste à la maison le matin pour travailler portable sur un genou et bébé sur l’autre. Chanceuse d’avoir une ancienne belle-mère (oui,oui la mère de mon ex!) qui nous dépanne jusqu’à ce que mon petit aille sa place en garderie. Carrément chanceuse d’avoir cette place en garderie au mois d’août.

Attention, un milieu familial et non subventionné. Certainement pas un CPE à 8.50$ par jour.

Wooooo, faudrait pas trop en demander, quand même !

Et nous n’avons pas eu le loisir de choisir. C’est la seule garderie que nous avons pu visiter. À prendre, ou à laisser. Heureusement pour nous, c’est une dame d’expérience avec de bonnes références. Notre petit y sera en sécurité.

En sécurité ? Vous me direz, c’est la base, franchement. Oui peut-être, mais c’est le seul critère que les quelque 88 263 parents en attente sur La Place 0-5 peuvent vraiment exiger. Ils sont au pied du mur.

Oubliez ça les garderies modernes de type Montessori, ou 100% dehors, ou encore du genre moitié hockey, moitié garderie.

Vous pouvez bien sécher avec votre ambition du meilleur pour vos héritiers.

Vous pouvez bien sécher avec votre ambition du meilleur pour vos héritiers.

Je discutais dernièrement avec une personne haut placée de l’univers des CPE à Sept-Îles. Pour m’illustrer le problème, elle m’explique que sur le territoire de la municipalité, il y a actuellement 15 places pour des poupons (moins de 18 mois). Uniquement en fratrie, il y a en 21.

Des bébés dont les frères ou sœurs sont déjà dans le CPE, ce qui leur donne priorité.

Minute.

15 moins 21 = -6. J’ai même sorti ma calculatrice pour être bien certaine.

Donc moi, mon bébé de 10 mois et la soixantaine de mamans/papas qui ont fait un sit-in au Parc de l’Anse pour réclamer une place pour leur bébé, on peut bien SÉCHER.

Un de ces bons dimanches soir devant ma télévision, j’écoutais Guy A. Lepage échanger avec Justin Trudeau. Le fédéral venait d’annoncer 4 milliards de dollars pour inciter les provinces à créer un réseau national de garderie.

Le premier ministre a alors laissé savoir qu’il n’obligerait pas le Québec à utiliser toute sa part du gâteau pour son réseau de garderies déjà existant. Le PM disait à quel point ce n’est certainement pas le fédéral qui allait dire au Québec comment gérer ce dossier.

La province « modèle » a déjà fait ses preuves.

Jamais l’animateur n’a mis en doute cette assurance de Justin Trudeau face à l’efficacité du réseau. Pour lui, ça semblait une évidence que les garderies, ce n’est pas un problème au Québec.

Je me permets un jugement ici : Guy A. et Justin ne sont certainement pas sur La Place 0-5. Ils ont des nounous.

On manque d’infirmières, de professeurs, de psychologues… Elles ne peuvent pas travailler. Elles sont prisonnières de leur propre vie. À la maison.

Je me demande : qu’est-ce qu’il y a de SI compliqué dans l’équation ? On a bien beau créer autant de places qu’on voudra, on manque aussi cruellement d’éducatrices en garderie.

MAIS PAYEZ-LES.

Voyons, est-ce normal qu’une technicienne vétérinaire gagne le DOUBLE du salaire d’une éducatrice en garderie ?

Voyons, est-ce normal qu’une technicienne vétérinaire gagne le DOUBLE du salaire d’une éducatrice en garderie ?

Je veux dire, je l’adore mon golden retriever. Tant mieux pour la technicienne. Mais j’aime mon enfant plus que ma propre vie.

Je lui achète des casquettes trop chères qu’il va porter deux secondes. Je suis prête à payer ce qu’il faut, en tant que contribuable, pour qu’il soit avec une personne compétente et heureuse puisque payée au juste salaire.

Alors, je sèche avec mon deuxième ?

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