Chronique

Maudite Histoire !

Par Laurence Dupin 9:00 AM - 02 juillet 2020
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Doit-on débaptiser certains lieux parce que Lionel Groulx, personnage marquant de l’histoire du Québec, aurait été antisémite.

Ce qui s’est passé récemment aux États-Unis a entraîné des réactions en chaîne un peu partout dans le monde contre le racisme. Racisme, qui hélas, est encore bien présent à notre époque. Mais aujourd’hui, il ne faut pas que cela devienne une raison de « manipulation génétique de l’Histoire ».

J’ai repris ce terme à un enseignant français, Pierre Arette, car je trouve qu’il montre bien ce qui est en train de se passer. Lorsque vous faites des manipulations génétiques sur les animaux ou sur l’Homme, le résultat est différent de l’individu original. Et bien pour notre histoire c’est la même chose !
À Boston, Christophe Colomb a été décapité le 10 juin dernier. En Belgique, Léopold II, s’est effondré sous des masses. Dans les grands événements de l’Histoire il y a d’autres exemples de ce type et ils ont mené à la Révolution russe et au nazisme…

En France, Charles de Gaulle a été vandalisée de façon insultante. Un ancien ministre a même été jusqu’à demander à ce que la salle Colbert de l’Assemblée nationale française soit débaptisée puisque ce serait à lui que l’on devrait le Code noir (édit qui régissait la condition des esclaves des pays du domaine colonial de la France). Au-delà du fait que c’est en fait à son fils que l’on doit cette ordonnance en 1685, Colbert est aussi celui qui a favorisé le développement du commerce et de l’industrie en France par la création de fabriques et l’institution de monopoles royaux.

Justin Trudeau, lui aussi, y est allé de son commentaire, en précisant que la discussion était ouverte pour savoir s’il fallait retirer des statues ou changer des noms de lieux… L’historienne en moi est révoltée par tout cela. J’ai toujours pensé que connaître son histoire devait permettre d’éviter de recommettre les mêmes erreurs. C’est en général ce que quelqu’un de sain fera dans sa vie personnelle. Si vous vous brûlez une fois pour vous être trop approché du barbecue vous allez éviter de refaire la même chose la fois suivante.

Alors ma question est la suivante, doit-on amputer notre histoire aussi bien locale que mondiale, des personnages qui, a une autre époque, sous d‘autres mœurs, ont été esclavagistes, racistes, antisémites ? Doit-on, par exemple, débaptiser le pavillon d’histoire de l’Université de Montréal, ainsi qu’une station de métro, sous prétexte que Lionel Groulx était antisémite ? Ou doit-on reconnaître qu’il a eu ses torts, mais aussi ses points positifs ? Doit-on faire disparaître Jacques Cartier des livres d’histoire, car il a conquis des terres qui appartenaient à d’autres ? Et pourquoi ne pas déboulonner Nelson de son piédestal sur le vieux port de Montréal sous prétexte que les Anglais ont maltraités les Français ?

Oui, nous avons des personnages parfois peu reluisants dans notre histoire collective au Canada comme aux États-Unis ou en Europe. Mais, même si c’est triste à dire, c’était un autre temps c’était une autre époque que nous ne pouvons plus, aujourd’hui, changer.

Je me souviens avoir présenté il y a quelques années à mes élèves de cours de français le film La Vénus noire dans lequel un Néerlandais du XVIIIe siècle expose une Africaine sur les scènes du monde entier comme un animal (film tiré d’une histoire réelle). À sa mort, elle a été exposée au musée d’histoire naturelle de Paris et même disséquée comme un animal curieux. Un de mes élèves d’origine africaine a quitté la salle en trouvant cela inadmissible de présenter ce film dans la classe.

Le thème étudié dans ce cours était identité et diversité, l’homme et son rapport au monde. Or le rapport de l’homme avec ses semblables n’a pas toujours été reluisant. Et ce n’est pas en se bandant les yeux ou en supprimant les parties de l’Histoire qui nous dérangent que nous pourrons faire évoluer les choses. Il y a, bien entendu l’esclavage avec le commerce triangulaire avec l’Afrique (esclaves vendus soit dit en passant pas des tribus rivales), le massacre des premières nations mais si l’on remonte plus loin encore une certaine partie de la population était réduite en esclavage en Europe (les serfs) et pas en raison de leur couleur de peau mais juste de leur classe sociale.

Retournons-nous plutôt sur le passé, chérissons-le, afin de ne pas refaire de telles erreurs, de ne pas commettre à nouveau de tels actes. Mais de grâce ! Laissons nos statues où elles sont et gardons les noms des lieux tels qu’ils sont pour pouvoir ensuite expliquer aux plus jeunes ce que certains ont fait de mal et pourquoi cela ne doit jamais se reproduire.

Nous ne pourrons jamais changer ce qui s’est passé avant avec un coup de baguette magique. Alors assumons ce qu’on fait nos ancêtres et évitons de reproduire les mêmes erreurs. L’être humain se doit d’évoluer ou sa cause est définitivement perdue !

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