Une traductrice amoureuse de ses Innus
Charlotte Bellefleur apporte son soutien aux Innus ayant des démêlés avec la justice, aux victimes, aux témoins ainsi qu'aux proches qui les accompagnent.
Quiconque a déjà mis les pieds au palais de justice au cours des 31 dernières années a probablement déjà croisé Charlotte Bellefleur, une petite dame tranquille et toujours souriante. Elle y travaille comme traductrice, mais les Innus la connaissent et l’apprécient avant tout pour sa présence réconfortante dans les moments parfois les plus difficiles de leur vie.
«Charlotte, c’est beaucoup plus qu’une traductrice», reconnaît Francis Ishpatao, directeur de la langue à l’Institut Tshakapesh.
Elle apporte son soutien aux Innus ayant des démêlés avec la justice, aux victimes, aux témoins ainsi qu’aux proches qui les accompagnent.
«Je jase beaucoup avec les Innus. Quand je les vois assis tout seuls, je prends ma veste, je vais m’asseoir avec eux. Est-ce que vous passez en Cour? Et puis là ils commencent à parler», dévoile Mme Bellefleur.
«J’essaie de les encourager, de ne pas avoir peur. Ici, les gens ont peur, c’est un endroit qui fait peur. Il y en a qui ne dorment pas. Des fois, quand je les accompagne, juste le fait d’être là avec eux, ils sont tranquilles, ils parlent plus. On jase de tout et de rien», révèle-t-elle.
Rayons de soleil
Charlotte Bellefleur apprécie la confiance que les Innus lui accordent. Certains jeunes l’appellent même «mamie». Les Innus sont attachants pour elle et sont sa motivation.
«Me trouver seule chez moi à ne rien faire, c’est plate. Je m’ennuie d’eux autres, je les aime beaucoup. Alors je vais les voir. Je viens ici pour eux autres. […] Il y a des fois où je ne me sens pas bien, je me sens mal. C’est ici que je viens chercher. Quand je viens ici, tout ce que je sentais en partant de chez moi, c’est tout parti. Mes rayons de soleil sont ici», confie-t-elle.
Et quand ce n’est pas au palais de justice, elle visite ses Innus à divers endroits comme la maison des femmes, la résidence Vents et Marées ou aux Galeries Montagnaises.
Âgée de 74 ans, elle affirme être sur le point de prendre sa retraite. En sera-t-elle capable?
«Il y en a qui disent que ça fait longtemps qu’ils m’entendent dire ça, comme Dominique Michel. Et je suis toujours là», s’esclaffe-t-elle. «Qu’est-ce que je vais faire si jamais je pars? Je vais m’ennuyer», ajoute-t-elle, songeuse.
Racines
Mme Bellefleur est originaire de Nutashkuan. Elle adore y retourner même si elle n’y habite plus depuis longtemps.
«Des fois, je m’ennuie beaucoup de ma communauté. Je vais me promener au Vieux-Quai, je m’assois, je ferme les yeux et je sens. J’entends les oiseaux, les outardes. C’est merveilleux», s’exclame-t-elle.
Au pensionnat de Maliotenam, elle ne se gênait pas pour parler innu-aimun avec ses amis. Elle rêvait de devenir religieuse.
Devenue adulte, elle a travaillé avec des professionnels de la santé pour accompagner les patients innus. Elle a aussi travaillé comme guide touristique dans sa communauté et a fait de la traduction pour des prêtres.
«Chaque fois qu’il y avait des cours ou des formations, j’ai donné mon nom pour pratiquer à parler mieux et bien articuler», raconte cette amoureuse de la langue.
C’est finalement à 43 ans qu’elle devient officiellement traductrice et est embauchée au palais de justice.
Elle est aussi mère de cinq enfants qui lui ont donné douze petits-enfants et six arrière-petits-enfants.
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