La Nation innue garde espoir pour Apuiat

Par Jean-Christophe Beaulieu 12:00 AM - 30 novembre 2018
Temps de lecture :

Le premier ministre François Legault et son équipe discutent du projet éolien Apuiat avec les chefs innus le 29 novembre 2018 à Québec.

Il n’y aura pas de parc éolien tant que les surplus énergétiques ne seront écoulés. C’est que François Legault a indiqué aux chefs innus jeudi dernier. Ces derniers demeurent malgré tout optimistes suite à leur rencontre avec le premier ministre, mais conviennent toutefois que le lien de confiance est brisé avec le PDG d’Hydro-Québec.

Le projet Apuiat sera bel et bien réalisé à Port-Cartier, mais seulement une fois que les surplus de la société d’État auront été écoulés. C’est ce qu’a annoncé François Legault à la sortie de la rencontre de deux heures avec les chefs innus et l’entreprise Boralex.

«Tant qu’il y aura des surplus d’électricité chez Hydro-Québec, le projet Apuiat sera reporté. Par contre, lorsque les surplus seront épuisés, le prochain projet de développement électrique sera Apuiat», a partagé le premier ministre sur Twitter.

Le parc éolien se placerait dans le haut de la liste des prochains projets de production d’énergie de la société d’État. Les surplus en question pourraient toutefois durer jusqu’en 2028, annonçait dernièrement le directeur des affaires publiques chez Hydro-Québec, Serge Abergel.

«Mais bonne nouvelle, les surplus en question baissent. Notre travail est de les faire baisser davantage. De les écouler en fait. Est-ce qu’on peut battre les projections? C’est le défi qu’on se lance», avait-il expliqué avant la tenue de la rencontre.

«On est toujours très actif et l’on a des équipes dédiées à aller chercher de grands consommateurs d’énergie et de les amener au Québec. On a aussi des équipes qui s’occupent de vendre à l’étranger pour écouler nos surplus.»

Le projet est vivant

Au sortir de la rencontre, les chefs innus ont réagi par écrit au déroulement de celle-ci. Ils portaient espoir de voir le parc éolien se réaliser prochainement. Le projet Apuiat devait devenir le fer de lance de l’autonomie de la Nation innue.

«Nous sommes heureux que le premier ministre reconnaisse qu’Apuiat est un projet compétitif et structurant pour l’ensemble des communautés de la Nation innue et les Québécois, au point d’en faire le prochain projet énergétique à être réalisé au Québec, avant même le prochain barrage hydroélectrique», ont-ils déclaré.

Ils contestent toujours l’évaluation d’Hydro-Québec quant aux surplus envisagés. Quant à leur relation avec le PDG de la société d’État, Éric Martel, ils affirment que le lien de confiance est bel et bien «brisé». Ainsi, il a été discuté qu’un expert indépendant puisse analyser la «situation véritable» des surplus d’Hydro-Québec. Il est même envisagé qu’une entente engagerait ensuite le gouvernement à réaliser le projet.

Les réactions

Alain Thibault, maire de Port-Cartier

«Le projet n’est pas mort, mais seulement reporté dans le temps. Pour moi, c’est une très bonne nouvelle. La rencontre avec les Innus aurait dû avoir eu lieu avant par contre.»

«Je suis content que M. Legault ait pu prendre les informations, il n’a plus les mêmes mots envers le projet et le considère compétitif. S’il l’a dit, c’est qu’il le croit vraiment.»

Serge Abergel, directeur des communications et affaires publiques chez Hydro-Québec

«Nos prévisions demeurent les mêmes quant aux surplus : une légère baisse pendant une courte période de temps, en 2025, mais ça remontera ensuite. La baisse est attribuable essentiellement aux prévisions de nouveaux contrats avec l’industrie des chaînes de bloc (Bitcoin et autres). Notre but demeure de trouver de nouveaux marchés pour écouler nos surplus énergétiques.»

Jean-Marie Potvin, président de la Chambre de commerce de Port-Cartier

«C’est une bonne nouvelle parce que là on sait que ça va se faire. Mais je suis déçu pour la Nation innue par contre, qui voulait le projet le plus rapidement possible.»

Lorraine Richard, députée de Duplessis

«Je trouve que le gouvernement de la CAQ a laissé tomber un bon projet, un bon partenariat avec les autochtones. Si on en croit M. Legault, on est en surplus énergétique pour une vingtaine d’années. Ça me semble être le clou qui met fin au projet.»

Bernard Gauthier, commissaire industriel de la Ville de Port-Cartier

«Les propos du premier ministre ont été intéressants, on voit que le dossier commence à être analysé plus finement. C’est une bonne nouvelle si on se fie à ce qu’on avait comme échos avant la rencontre. Mais il demeure que pour Hydro-Québec, la filière éolienne ne semble pas être favorisée.»

«Nous à Port-Cartier, on croit qu’à 0,07$ du KW/H, c’est un des très bons projets pour le Québec. Hydro nous dit qu’il y aurait des surplus pour 20 ans, notre boule de cristal est pas mal moins limpide que la leur on dirait bien.»

Partager cet article