Agressions par des pères oblats : 70 victimes connues, dont une cinquantaine sur la Côte-Nord

Par Emy-Jane Déry 12:00 AM - 07 septembre 2018
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Le père Alexis Joveneau.

Près de 70 victimes présumées se sont inscrites à une demande d’action collective visant huit pères oblats pour des agressions sexuelles survenues dans des communautés de la Côte-Nord et d’ailleurs au Québec.

Le scandale du père oblat Alexis Joveneau a éclaté au grand jour dans les médias en mars dernier. Ce dernier a œuvré pendant près d’une quarantaine d’années dans les communautés d’Unamen Shipu et de Pakuashipi, en Basse-Côte-Nord. Dans les années 50 et jusqu’à sa mort en 1992, il aurait agressé des dizaines d’Innus, en plus de sa nièce Marie-Christine Joveneau.

Il n’est pas le seul de sa congrégation religieuse à qui l’on reproche d’avoir agressé sexuellement des enfants. En tout, huit oblats sont visés dans une demande de recours collectif déposée en mars. Ce nombre pourrait être appelé à augmenter, a confirmé au Nord-Côtier l’avocat responsable du dossier, Me Alain Arseneault. Parmi eux, trois ont pratiqué sur la Côte-Nord en plus du père Joveneau, dont notamment le père Omer Provencher, à Mani-Utenam.

Noëlla Mark, d’Unemen Shipu, est la demanderesse de l’action collective qui vise «toutes les personnes, de même que leurs héritiers et ayant droit, ayant été agressées sexuellement par tout religieux, membre ou employé de la Congrégation religieuse connue sous le nom Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée entre le 1er janvier 1950 et le 31 décembre 2018», peut-on lire dans le document déposé à la Cour supérieure.

La majorité des 70 victimes présumées à s’être manifestées jusqu’ici proviennent de la Côte-Nord. La plupart sont des Autochtones, mais on y compte également des Blancs.

Au fil des histoires, on remarque que chacun des agresseurs avait une façon de faire qu’il répétait de victime en victime, note Me Arseneault.

«Les endroits où les enfants étaient agressés, le type d’agression, de menaces dans certains cas, tout ça étaient répétés assez souvent», a-t-il souligné.

«Pour certains c’était des actes d’attouchement au confessionnal, d’autres des actes de sodomie dans le bois…chacun des agresseurs, généralement, répétait le même type d’agression de la même façon auprès de différentes victimes.»

Ce sont ces similitudes qui permettent d’opter pour une action collective, plutôt que pour plusieurs procès indépendants. Ainsi, ceux qui ne sont pas encore prêts à dénoncer pourront tout de même être défendus par ceux qui en sont rendus là dans leur cheminement personnel et obtenir un dédommagement.

«Ça permet à des gens qui ne sont pas encore capables de le dire de rester anonymes», a soulevé Me Arseneault. «Ce qui est le plus important, c’est par l’indemnisation, permettre aux gens de se rétablir, d’avoir une meilleure vie et d’être capables de passer à des étapes ou tout l’aspect négatif de ça sera rejeté et où ils pourront mieux vivre», a-t-il ajouté.

L’action collective représente aussi une économie de temps et de coûts dans un contexte de tribunaux déjà surchargés, estime l’avocat.

«On va peut-être éviter 100, 200, voire 300 procès avec cette action collective.»

Des années de procédures à venir

Le montant des dommages réclamés a été fixé à un maximum de 300 000$ par victime. Il pourra varier selon la gravité des séquelles observées. Un juge doit encore approuver le recours pour que les démarches se poursuivent. La réponse est attendue d’ici l’hiver. Ensuite, il faudra compter environ deux ans de procédures avant que le verdict soit rendu, a indiqué Me Arseneault.

Les présumées victimes sont invitées à se manifester auprès du bureau d’avocat responsable le plus rapidement possible, afin que soit bien déterminée l’ampleur du dossier devant les tribunaux.

 

 

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