Dossier Mines 4.0

Par Jean-Christophe Beaulieu 12:00 AM - 31 janvier 2018
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Les installations d’IOC à Sept-Îles.

Les travailleurs devront s’adapter pour trouver leur place dans les mines du futur

On apprenait dernièrement que la Ville de Sept-Îles investit au Parc Ferco pour entre autres favoriser la concrétisation d’un centre de contrôle minier à distance du géant minier Rio Tinto IOC. Portrait de cette transition des mines vers le 4.0 et de ses impacts potentiels sur les emplois dans le domaine minier.

Les centres de contrôle miniers à distance sont partie intégrante de la nouvelle façon d’opérer dans le monde minier et vont de pair avec l’automatisation. Robert Marquis, PDG de l’Institut national des mines, fait part de ses observations.

«On est allé récemment visiter les mines les plus automatisées au monde, celles de Rio Tinto en Australie. L’entreprise avait commencé en 2007 à développer de l’équipement et des procédés d’automatisation lui permettant de contrôler plusieurs éléments de ses mines à distance», a-t-il dit.

Les opérations de transbordements, les trains et l’opération de la machinerie sont tous des procédés qui seront ultimement automatisés dans les autres installations de Rio Tinto, selon M. Marquis.

«Au dernier site qu’on a visité, il y avait 17 camions entièrement automatisés, contrôlés par deux opérateurs au centre de contrôle. Normalement, on compte entre six et huit opérateurs pour opérer un camion à temps plein. On parlera désormais plutôt d’un seul opérateur pour huit camions», a-t-il indiqué.

La hausse de profit qu’amène l’automatisation serait possible par les économies engendrées au niveau de la main-d’œuvre, mais aussi, au niveau de la productivité et de la durabilité des équipements.

«Ce que les entreprises nous disent, c’est que chaque procédé d’automatisation engendre des gains de productivité de 15%. Pour la machinerie, la durabilité se voit accrue aussi du fait que les freins et les pneus usent moins vite par exemple, couplé au fait qu’elle fonctionne 24h/24», a souligné le PDG de l’Institut national des mines.

Près de chez nous

Plus près de chez nous, Rio Tinto investirait en ce moment dans des procédés d’automatisation, selon Robert Marquis.

«Ils ont suffisamment fait de tests en Australie pour être confortable avec l’idée de déployer des camions automatisés à Wabush 3, près de Labrador City. Ils sont confiants d’être capables de le faire dans nos conditions météorologiques particulières.»

Gilles Ayotte, représentant syndical chez les Métallos, mentionne pour sa part que les installations de transbordement de Sept-Îles ne devraient pas être touchées de sitôt par la transition 4.0, mais que l’on parle bel et bien à l’heure actuelle d’automatiser la roue à godets, qui envoie le minerai dans les bateaux.

«Mais des employés vont demeurer quand même, il faut que quelqu’un reste sur le site pour voir à ce que tout fonctionne, mais leurs tâches vont peut-être changer», a-t-il fait remarquer.

Une solution au manque de main-d’œuvre

Depuis quelques années, le discours de la plupart des joueurs miniers s’oriente autour du manque de main- d’œuvre. Cela semblerait être l’argument pour procéder à la transition vers l’automatisation.

«C’est la raison de la transition en fait, la raison principale pourquoi ils investissent là-dedans. On nous dit qu’il vaut mieux automatiser avant de manquer de travailleurs», a affirmé Robert Marquis.

De son côté, Gilles Ayotte des Métallos croit que c’est pour plus d’efficience.

«C’est une raison de rentabilité et d’efficacité. Les machines, ça ne prend pas de pause, ça ne fait pas de grèves, ce n’est pas malade. Par contre, ça ne produit pas aussi vite qu’un humain. À long terme toutefois, l’automatisation devient malheureusement une option intéressante pour l’entreprise. On va devoir s’ajuster.»

Moins d’emplois, mais plus spécialisés

Les emplois qui sont amenés à disparaître sont très bien rémunérés, selon M. Marquis. On parlerait principalement de chauffeurs de trains et d’opérateurs.

«À terme, il y a des emplois qui vont disparaitre c’est certain, mais d’autres, plus spécialisés, vont être créés. Le nombre d’emplois disponibles pourrait bien diminuer oui, mais on ne le sait pas encore exactement.»

Certains pourraient ainsi être amenés à développer leurs compétences, se réorienter et à changer de carrière. «Étant donné que ce n’est pas tout le monde qui a les mêmes opportunités, que certains sont plus privilégiés, ça deviendrait une responsabilité collective de former ces gens-là, de les accompagner», a dit M. Marquis, faisant référence au fait que l’État pourrait s’impliquer et partager les responsabilités en ce sens avec le privé.

Certains corps de métier seront plus à même de s’adapter, a toutefois précisé le PDG de l’Institut national des mines. C’est le cas des électriciens et des électromécaniciens par exemple qui vont devoir apprendre à travailler avec des robots qui leur envoient des consignes, qui deviennent leurs partenaires de travail et avec lesquels ils doivent échanger de manière numérique.

Mutations rapides

Gilles Ayotte, réfléchissant aux impacts pour les syndiqués, entrevoit que les changements se feront de manière graduelle.

«Les emplois se transforment, tout comme le marché, à mesure que la technologie évolue. Ça va arriver, oui, mais progressivement. Nous, tout ce qu’on peut faire c’est être le chien de garde de tout ça et s’assurer qu’il n’y ait pas d’abus de l’employeur, que l’on puisse conserver le maximum d’emplois et que ça ne s’en aille pas chez les cadres», a-t-il mentionné.

Le professeur-chercheur en relations industrielles à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Jean-Claude Bernatchez, croît plutôt que la transition pourrait s’avérer plus brutale.

«L’automatisation du travail fait partie d’une révolution du travail qui a commencé il y a une quinzaine d’années. Des petits robots dans l’automobile, on va maintenant vers des machines plus lourdes à être automatisées, dans les alumineries et les mines. Cela crée une mutation industrielle qui provoque des changements importants dans la structure du travail. C’est l’organisation du travail qui oriente les populations, qui gère une bonne partie de leur quotidien, et elle est appelée à changer radicalement, et ce, rapidement», a-t-il fait valoir.

 

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