Ralentissement du fer: Le Port joue de «prudence et rigueur»

Par Fanny Lévesque 12:00 AM - 22 mai 2017
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Le président-directeur général du Port de Sept-Îles, Pierre D. Gagnon et le président du conseil d’administration, Pierre Côté.

L’an 2016 a été à l’image de 2015 au Port de Sept-Îles, qui traverse des années difficiles depuis l’effondrement du marché du fer et la fermeture de Cliffs Natural Resources. Pour une deuxième année consécutive, le Port a dû piger dans son bas de laine pour couvrir les frais de ses activités courantes.

«La période est exigeante», a fait valoir le président-directeur général du Port de Sept-Îles, Pierre D. Gagnon, lors de l’Assemblée générale annuelle de jeudi. «Le contexte économique difficile se poursuit», a-t-il ajouté devant ses membres et partenaires. En 2016, le Port a dû puiser 3,6 millions $ dans ses surplus pour lui permettre de respecter «l’ensemble de (ses) obligations financières».

«Malheureusement, on ne dégage pas suffisamment de revenus», a indiqué M. Gagnon en entrevue. «Il faut aller dans le bas de laine pour éponger depuis deux ans, les déficits d’opération que l’on a». L’arrêt des activités de Cliffs Natural Resources en 2014 n’est pas étranger à la situation du Port. À lui seul, le géant minier, qui avait un volume d’activité de 9 millions de tonnes, occupait 40% du chiffre d’affaires du Port.

L’organisation, qui a cumulé un volume de 22,9 millions de tonnes en 2016, explique jouer de «prudence et rigueur» pour traverser «la période difficile». «On va garder le cap, il faut avoir l’appui de nos partenaires d’affaires pour qu’on puisse passer à travers ce cycle-là pour lequel on croit qu’on est dans la sortie», a expliqué le président-directeur général.

M. Gagnon dit espérer une reprise rapide des activités de Pointe-Noire et cite les projets de Tata Steel Minerals Canada, de Champion Iron, de Mine Arnaud et même l’éventuelle vente de l’usine de bouletage de Pointe-Noire comme signes que les années à venir pourraient s’annoncer meilleures pour ses activités.

Court terme

Le président du conseil d’administration, Pierre Côté, y est aussi allé dans la même veine, qualifiant les temps «d’éprouvants». «On planifie le futur à très, très court terme (…) On va serrer la vis au moins une à deux années encore», a-t-il assuré. Le Port a néanmoins salué l’achat en 2016 des fameux terrains du Bloc Z, qui appartenaient à Cliffs, et qui lui permettent d’entrer dans une «nouvelle ère».

Les sommes de 1,25 million $ nécessaires à la conclusion de la transaction sont d’ailleurs les seuls investissements majeurs faits par le Port, l’an dernier. L’organisation s’est aussi réjouie de l’entente avec la Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire assurant un accès maritime pendant 20 ans.

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Près de 20 millions $ dus au Port

Si le Port de Sept-Îles se réjouit de la progression du projet de la société Champion de redémarrer la mine du lac Bloom (voir autre texte p. 3), il n’hésite pas à lui rappeler qu’elle lui doit toujours 19,6 millions $.

Le quai multiusager

Champion est l’un des cinq partenaires privés du méga quai multiusager du Port de Sept-Îles, construit au coût de 220 millions $ et financé à moitié par l’industrie minière. Or, Champion ne s’est toujours pas acquitté «de ses obligations d’entrée» qui devaient atteindre 25 millions $, a rappelé jeudi, le président-directeur général, Pierre D. Gagnon.

«On espère qu’avec ses levées de fonds pour le redémarrage, qu’ils vont pouvoir régler les sommes qui sont dues et pour lesquelles le Port a dû décaisser pour la réalisation des travaux. Ce sont des sommes qui hypothèquent notre marge de manœuvre pour d’autres projets», a déploré M. Gagnon, en marge de son Assemblée générale annuelle.

Le Port a d’ailleurs initié en 2016 «une démarche d’arbitrage pour régler le litige». Champion a effectué un seul versement de 6 millions $ pour la construction du quai, livré en 2015. «On souhaite un dénouement fructueux», a assuré M. Gagnon. Champion dit aussi espérer «en arriver à une solution», mais refuse de commenter davantage.

Le Port assure que tous les autres joueurs, à l’exception de Labrador Iron Mines (LIM), ont «réglé leurs obligations». LIM s’est placé en 2015 sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers et a résilié son entente pour l’utilisation du quai multiusager. La minière, qui devait fournir 12 millions $, a néanmoins payé la moitié des sommes dues.

Pour la différence, le Port bénéficie de droits hypothécaires sur différents actifs de LIM, «ce qu’il est en train d’exercer pour recouvrer les sommes» manquantes.

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