Dame Nature révèle les vestiges des Forges

Par Fanny Lévesque 12:00 AM - 06 janvier 2017
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Les humeurs de Dame Nature, qui donne du fil à retordre aux Septiliens depuis une semaine, auront néanmoins causé la découverte des vestiges des Forges de Moisie, la toute première industrie liée à l’exploitation minière de la Côte-Nord, ouverte il y a 150 ans.

Un riverain du secteur a aperçu ce qui semble être une structure composée de briques réfractaires de couleur rougeâtre lorsqu’il s’est rendu à son chalet au lendemain de la «bombe météo» qui s’est abattue sur Sept-Îles, le 30 décembre. «Ça nous renvoie aux Forges», assure l’anthropologue du Musée régional de la Côte-Nord, Steve Dubreuil, à la vue des photos, qui ont circulé sur les réseaux sociaux.

Steve Dubreuil évalue qu’il pourrait s’agir d’un fourneau, où était produit le charbon de bois ou où était fondu le sable ferrugineux, avant d’être transformé en lingots aux installations des Forges, situées à l’époque du côté est du secteur Moisie, tout près de l’embouchure de la rivière. Les Forges, c’était le nom populaire donné à la Moisie Iron Compagny, une usine de lingots de fer ouverte en 1867.

«Sur le site, c’est clair et net qu’il y a des vestiges et la preuve vient d’être faite», poursuit-il. «Ce qui m’a étonné sur les photos, c’est de voir à quel point ils sont creux sous la surface. Ça s’explique parce qu’il y a beaucoup de vents et les dunes de sable sont très mobiles. D’une certaine façon, le sable est venu protéger les ruines (…) Ce site-là est unique. On parle d’il y a 150 ans».

Encore aujourd’hui, il arrive que des citoyens retrouvent des parties de briques sur les plages ou encore de la scorie, un résidu métallurgique, mais rien d’aussi complet que ce que la mer a mis au jour au lendemain de la tempête, prétend M. Dubreuil, qui promet de se rendre sur les lieux de la découverte, accessible que par motoneige l’hiver, «certainement» d’ici le printemps ou même avant.

Premier village industriel

«C’est un cas d’espèce, c’est le premier village industriel relié au domaine minier sur la côte. C’est le premier effort d’exploitation industrielle», explique M. Dubreuil, qui connaît bien l’histoire fascinante, mais trop peu connue de ce lieu historique. Une poignée d’écrits lui font référence et pourtant, «il y a un scénario de film qui se cache-là», dit-il.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la naissance des Forges de Moisie n’est pas étrangère à une série de trois pillages de banques, que quatre sudistes avaient perpétrés au Vermont en pleine Guerre de Sécession aux États-Unis. «On les appelait les raiders», raconte l’anthropologue. «Ils ont été emprisonnés à Montréal et se sont liés d’amitié avec un policier».

Les quatre hommes ont été relâchés rapidement, soi-disant parce que leur crime était excusable en temps de guerre et ils ont trouvé refuge aux Escoumins sur la Côte-Nord, qui était «un village forestier tranquille». «En 1865, ils ont voulu se rendre en Nouvelle-Écosse par bateau et c’est pendant le trajet qu’ils ont fait escale à Moisie parce que la capitaine brassait des affaires dans le coin».

L’histoire voudrait d’ailleurs que le capitaine, David Têtu, ait demandé à l’un des raiders, qui s’y connaissait en minéralurgie, de jeter un œil au sable ferrugineux de couleur noir que l’on retrouve sur les plages de la Côte-Nord. Lui-même l’avait déjà remarqué. Les analyses révéleront un potentiel ferreux et deux ans après, la Compagnie des Mines de Moisie était créée grâce à l’arrivée d’investisseurs.

L’ex-policier a même fait partie des premiers dirigeants de l’entreprise. Un incendie lors de la première année a ralenti les ardeurs des bailleurs de fonds et c’est à ce moment que William Molson, des brasseries qu’on connait, devient l’actionnaire principal. Il renommera l’usine, Moisie Iron Compagny, qui sera en exploitation pendant huit ans.

«Soixante-quinze ans avant (le boum minier des années 50), il y a eu cette bulle-là. Il n’y a rien de comparable à ça», assure M. Dubreuil. Le village a bouillonné de quelques centaines de personnes, estime-t-il. Puis, après la fermeture, les travailleurs sont retournés à la pêche et au trappage. «Le plus drôle c’est que mère Nature nous révèle ça et c’est en 2017, le 150e anniversaire des Forges».

Dans le secteur de Moisie, le chemin menant à la pointe ouest porte le nom des Forges en mémoire de ce pan de l’histoire et une rue s’appelle Catalan, en référence à la technologie des hauts fourneaux utilisée pour faire fondre le sable. Selon M. Dubreuil, le site n’a jamais fait l’objet de fouilles archéologiques malgré son fort potentiel.

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