Un couple reçoit un avis d’expulsion pour leurs chiens pitbulls

Par Éditions Nordiques 12:00 AM - 27 juillet 2016
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Karol-Ann Connolly, Jacob Richard et l’expert en comportement canin, Stéfan Marchand, entourent Boomer et Boss.

Un couple de Sept-Îles devra se départir de leurs deux chiens de type pitbull d’ici la mi-septembre, puisqu’un règlement municipal interdit la présence de ce type de chien sur son territoire. Le règlement jouissait pourtant d’une forme de tolérance auparavant, dénoncent les propriétaires.

Karol-Ann Connolly et Jacob Richard sont les propriétaires de Boss et Boomer, deux chiens de type pitbull enregistrés à la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Sept-Îles. Le 9 juillet, ils ont reçu un avis d’expulsion de la part de la SPCA pour leurs deux chiens, et ce dans un délai de 60 jours suivant la réception de la lettre.

Article 54 du Règlement sur les animaux :

 Constitue une nuisance et est prohibé, sur tout le territoire de la municipalité :

  • Tout chien, ou issu d’un chien, de race bull-terrier, staffordshire bull-terrier, american bull-terrier ou american staffordshire terrier;
  • Tout chien de races croisées possédant les caractéristiques substantielles d’un chien de race mentionné au premier sous-paragraphe.

Les pitbulls défraient les manchettes depuis le début de l’été après qu’une dame de Pointe-aux-Trembles soit décédée en juin après avoir été attaquée par ce type de chien. «Quand ç’a commencé à en parler dans les médias, évidemment vu qu’on est propriétaire de pitbulls, je suis allée m’informer directement à la SPCA. Ce qu’on m’a dit c’est que tant et aussi longtemps qu’il n’y aurait pas de plaintes faites directement à la SPCA, on pourrait garder nos chiens», explique Karol-Ann Connolly.

Tolérance

Même si un règlement municipal interdit la présence de ce type de chien depuis 2005 sur le territoire de la Ville, celui-ci jouissait d’une forme de tolérance, explique le couple qui a déjà eu trois autres pitbulls par le passé. Il n’y aurait maintenant plus de tolérance depuis l’incident de Pointe-aux-Trembles, croit le couple.

Selon Jacob Richard, la Ville «met de la pression» sur la SPCA depuis cet incident. Les propriétaires étaient pleinement conscients qu’un règlement interdit ce type de chien. «Mais on était au courant que la tolérance était là», ajoute Karol-Ann. Le couple affirme par ailleurs que leurs chiens sont enregistrés comme pitbulls à la SPCA.

Prêt à déménager

Deux fugues sont à l’origine de l’avis d’expulsion émis par la SPCA. Boomer a réussi à ouvrir la poignée de porte de la maison du couple, alors qu’ils étaient au travail. Habitant à proximité des locaux de la SPCA, une employée a vu le chien et celui-ci a été confisqué pour la nuit.

C’est le lendemain, en allant chercher son chien, que Karol-Ann Connolly a reçu l’avis d’expulsion pour ses deux molosses. Boss s’était enfui l’an dernier, mais n’avait pas reçu d’avis avant cet été. «Je suis complètement tombée en sanglot», a affirmé Karol-Ann.

«La femme qui est morte, c’est un drame. Ça n’aurait jamais dû arriver et ça ne devrait jamais arriver. Ça ouvre les yeux sur un gros fléau au Québec que sont les morsures, mais de bannir une race, ça ne changera rien», explique Jacob Richard. Le couple se dit prêt «à aller jusqu’au bout», à se présenter devant les tribunaux et à déménager s’ils n’ont pas gain de cause.

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Un règlement qui reste «à la surface du problème»

«Est-ce qu’on veut régler les morsures de pitbulls ou les morsures tout court? Alors pourquoi viser une race?», se questionne l’expert en comportement canin, Stéfan Marchand, de l’entreprise L’Ami chien. Selon lui, bannir une race en particulier, c’est rester «à la surface du problème». Une marche pour dénoncer le règlement municipal s’organise le 7 août.

«Tant qu’on va se déresponsabiliser et dire que la race est problématique, il n’y en aura pas de solutions. La preuve c’est que 60 villes au Québec ont banni les pitbulls et il n’y a pas eu de diminution des morsures. C’est rester à la surface du problème de dire qu’on bannit les pitbulls», explique M. Marchand. «Là, on est rendu dans les drames humains. On enlève un membre de la famille. C’est du racisme pur et dur et ce n’est fondé sur absolument rien», ajoute-t-il. Mentionnons que les chiens de type pitbull sont aussi interdits à Port-Cartier depuis 2004.

«Là, on est rendu dans les drames humains. On enlève un membre de la famille.» – Stéfan Marchand

Jacob Richard mentionne n’avoir jamais vécu d’épisodes d’agressivité avec ses chiens et l’explique par le fait qu’ils ont côtoyé plein de monde. Il croit que chaque chien à «l’option mordre», mais qu’il ne faut pas «lui inculquer que la solution est de mordre».

«J’allais à Beauce Carnaval avec mes deux pitbulls. Le monde venait les flatter. Il n’y a personne qui irait au carnaval avec des chiens malins! C’est l’importance justement de sociabiliser les chiens pour empêcher qu’ils soient agressifs. Il faut qu’ils aient vu plein de monde. Pour eux, quelqu’un, c’est gentil et ils font juste les flatter, donc ils n’ont aucune raison de japper et d’avoir des réactions agressives», explique Jacob.

Être vivant complexe

Stéfan Marchand trouve malheureux que certaines personnes veuillent une race de chien en particulier «parce qu’ils veulent faire peur au monde». Il croit que tous les propriétaires de chien devraient suivre un minimum de formation. «Le chien, c’est un être vivant dans toutes sa complexité qui a des codes de communication qui ne ressemblent pas du tout aux humains», explique-t-il.

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Boomer et Boss. (Photo: Tirée de Facebook)

L’expert en comportement canin déplore que les élus municipaux «déterminent des règlements municipaux sur les animaux selon leurs propres opinions», alors qu’ils consultent un ingénieur pour construire une route. Il se questionne aussi à savoir si la Ville est gagnante que des citoyens soient prêts à déménager pour leur chien.

Marche le 7 août

Karol-Ann Connolly et Jacob Richard sont à la tête d’un petit groupe qui se mobilise pour dénoncer le règlement interdisant les pitbulls sur le territoire de la municipalité. Des t-shirts sont en vente, alors qu’une marche devrait avoir lieu le 7 août. Le groupe interviendra aussi le lendemain au conseil municipal, et compte y déposer une pétition qui circule depuis l’automne 2015 pour légaliser toutes les races de chiens à Sept-Îles et Port-Cartier.

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Aucun lien avec l’incident de Pointe-aux-Trembles, selon la Ville

La Ville de Sept-Îles n’est pas plus sévère concernant son règlement interdisant les chiens de type pitbulls depuis le décès d’une femme à Pointe-aux-Trembles, au début de l’été, puisque la SPCA a été avertie de l’appliquer de façon plus soutenue depuis un an, explique le conseiller municipal, Denis Miousse.

Le conseiller responsable de la SPCA à la Ville de Sept-Îles, Denis Miousse, sait bien qu’il y a des pitbulls sur le territoire de la municipalité, même si un règlement l’interdit. «Il y a des pitbulls à Sept-Îles, mais le règlement n’était pas respecté. Mais maintenant, le règlement va s’appliquer», a-t-il affirmé.

«Il y a des pitbulls à Sept-Îles, mais le règlement n’était pas respecté. Mais maintenant, le règlement va s’appliquer» – Denis Miousse

Miousse «ne blâme pas» les anciennes administrations de la SPCA d’avoir été laxistes sur l’application du règlement. Cependant, lors d’une rencontre l’an dernier entre la Ville et la SPCA pour faire le point sur la réglementation municipale sur les animaux, la municipalité a demandé l’article concernant l’interdiction des chiens pitbulls soit dorénavant appliqué.

«Ça n’a rien à voir avec les attaques de pitbulls de ce printemps et cet été. C’est plutôt M. et Mme Tout-le-Monde qui nous en parle», a mentionné Denis Miousse. Le conseiller affirme que la question a néanmoins été discutée «un peu» autour de la table du conseil municipal. «Mais, une majorité d’élus semblent vouloir maintenir ce règlement-là», indique M. Miousse.

Chiens croisés

La directrice générale de la SPCA de Sept-Îles, Lucie Dionne, confirme que la Ville a demandé à son organisation l’an dernier d’être «un peu plus adroit sur l’application de la règlementation». Nommée directrice générale en 2014, Mme Dionne dit avoir eu le mandat de «restructurer la SPCA», ce qui inclut l’application du Règlement sur les animaux. Elle affirme toutefois que des chiens de type pitbull sont enregistrés comme étant des croisés boxer ou croisés labrador. «Je ne peux pas exiger de voir l’animal. La réglementation permet d’enregistrer un animal sans que celui-ci ne soit présent», explique-t-elle.

Un comité de travail a été mis sur pied l’an dernier pour revoir l’ensemble du règlement sur les animaux. «Le règlement remonte à 2005. Ça fait quand même 11 ans. J’ai reçu le mandat du maire de revoir et réviser la réglementation municipale sur la SPCA», explique Denis Miousse. Le comité n’a pas encore terminé son mandat.

Lucie Dionne ne peut dire combien d’avis d’expulsion ont été envoyés par son organisation, puisque cette information est confidentielle. L’expert en comportement canin, Stéfan Marchand affirme qu’au moins quatre chiens sont visés par un avis à Sept-Îles et Port-Cartier en plus de Boss et Boomer.

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