La route 138 et le prix des billets d’avion posent des défis pour l’économie régionale

Par Éditions Nordiques 12:00 AM - 27 mai 2016
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L’éloignement de Sept-Îles des grands centres est un frein à son développement économique. Le prix élevé des billets d’avion et la dangerosité de certains tronçons de la route renforcent ce sentiment d’éloignement. Mais une voie de développement se trouve peut-être à l’est, vers Terre-Neuve.

Le directeur adjoint chez Développement économique Sept-Îles (DÉSÎ), Russel Tremblay, n’hésite pas à qualifier la situation à l’aéroport de Sept-Îles de «cartel». Le mot peut paraître fort, mais ce n’est pas la première fois que le milieu économique septilien dénonce les pratiques jugées anticoncurrentielles chez Air Canada.

«Ici, les règles de l’économie ne s’appliquent pas et c’est dommage», affirme Russel Tremblay. «Il y a un joueur qui n’est pas correct et les autres n’ont pas le choix de suivre la parade», dénonce-t-il. L’aéroport de Sept-Îles se classe pourtant troisième au Québec en terme d’achalandage avec environ 150 000 passagers par année.

Selon M. Tremblay, le tissu industriel de la région et les gros salaires qui lui sont associés, encouragent le transporteur à maintenir ses prix hauts. Les clients «n’ont pas le choix de payer et ils sont capables de payer (…) c’est un endroit payant pour eux ici», a expliqué le directeur adjoint chez DÉSÎ.

«On pourrait vraiment combattre l’éloignement si on avait des billets d’avion (à un prix acceptable)», mentionne Russel Tremblay, rappelant qu’un vol Sept-Îles vers Montréal se fait en 1h30. Il croit que les Septiliens seraient nombreux à utiliser l’avion si les prix étaient à un coût réaliste. Cela pourrait aussi permettre d’attirer les talents ici et améliorer la rétention des nouveaux arrivants en diminuant «la peur de vivre en région éloignée».

Investissements routiers décevants

À défaut de se déplacer à faible coût en avion, les Nord-Côtiers doivent se tourner vers la route 138. Cependant, Russel Tremblay n’a pas été impressionné par la programmation des travaux routiers annoncée dernièrement par le ministre Pierre Arcand. Même si des travaux d’amélioration du tracé de la route sont prévus dans le secteur de Franquelin, il y a «trop peu» d’annonces pour «le bout le plus rough» entre Godbout et Baie-Trinité.

S’il y a plus de trafic routier entre Tadoussac et Baie-Comeau, la proportion de camions lourds est plus grande vers Sept-Îles en raison de la grande industrie et du chantier de La Romaine, ce qui endommage davantage la route, explique le directeur adjoint chez DÉSÎ.

La route 138 pourrait cependant devenir un outil de développement économique régional si elle se rend un jour jusqu’à Blanc-Sablon. Dans une étude effectuée il y a une quinzaine d’années, la corporation économique évaluait à 600 000 le nombre de Terre-Neuviens qui passaient par les provinces maritimes pour atteindre les grandes villes du Québec et de l’Ontario. «Les données ont probablement changé, mais ce n’est pas tombé à zéro, on s’entend», explique Russel Tremblay.

«Les gens de Terre-Neuve ne feront pas un aller-retour à Havre-Saint-Pierre. Ils vont faire le grand bout et tout le monde va en profiter», affirme-t-il. Le prolongement de la route va «au-delà de l’aspect humain» de désenclaver une région isolée, explique M. Tremblay et pourrait ouvrir la voie à la découverte de ressources naturelles, en facilitant le travail de prospecteurs.

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