DOSSIER: La maltraitance des animaux : une réalité à Sept-Îles

Par 12:00 AM - 15 janvier 2014
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La maltraitance des animaux est un fléau bien présent à Sept-Îles. Il n’y a qu’à faire un détour à la réception de la SPCA pour jeter un œil au «cartable des horreurs», afin de le constater. Le document contient une foule d’images d’animaux, particulièrement de chiens ayant subi les mauvais traitements de leurs propriétaires septiliens, au cours des dernières années.

Des chiens avec la peau sur les os qui n’ont pas eu accès à de la nourriture depuis belle lurette, d’autres morts gelés, abandonnés à l’extérieur au bout de leur chaîne par des froids sibériens, ou encore le corps recouvert de marques de violence, voir même mutilés : des atrocités de la sorte se produisent bel et bien sur la Côte-Nord et à Sept-Îles. La Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (S.P.C.A) locale rapporte au moins une centaine d’interventions par année.

Installé récemment à Sept-Îles, le cynologiste, Stéfan Marchand, n’en revient pas encore de ce qu’il a pu constater dans la région depuis son arrivée. «Ça dépasse tout ce que j’ai vu partout ailleurs», a affirmé avec regret au Journal, celui qui compte plus d’une vingtaine d’années d’expérience en la matière. Ce qui accroche le plus le spécialiste en comportement canin, collaborateur de la SPCA de Sept-Îles, c’est l’inconscience des gens qui maltraite leur animal.

«Les gens te racontent de façon complètement assumée la maltraitance qu’ils font à leur animal, ça n’a pas de bon sens», a déploré Stéfan Marchand. Certains poussent même leur audace jusqu’à passer les portes de la SPCA en se vantant de l’intensité de la «volée» qu’ils ont offerte à leur chien. «On veut que les choses changent, mais quand les gens ne sont même pas conscients que ce qu’ils font, ça n’a pas de bon sens… Ils vont continuer et c’est ce qu’ils enseignent à leurs enfants aussi : un chien, quand ça n’obéit pas, ça mange un coup de pied», a soulevé M. Marchand.

Usine à chiots
Sept-Îles n’échappe pas non plus à un problème constaté à l’échelle provinciale : les usines à chiots. En effet, on en compterait au moins une sur le territoire. Selon la direction de la SPCA, on y retrouverait une trentaine de chiens qui y sont gardés dans des conditions allant d’acceptables, à exécrables. L’objectif ? Reproduire le plus fréquemment possible les animaux dans le but de les vendre et d’en tirer profit, au détriment de la santé de ces bêtes.

Des procédures ont été entreprises par la SPCA, pour mettre un terme à cette production qui durerait depuis plusieurs années, mais la bureaucratie rendrait le processus très lent.

Le froid, un ennemi
Durant la période des fêtes, deux décès ont été répertoriés à Sept-Îles. Un chat et un chien ont succombé à l’hypothermie. «Le propriétaire du chien était convaincu que son petit Bichon maltais de 10 livres avait «en masse de fourrure sur le dos» pour survivre dehors à moins 40», a raconté Stéfan Marchand. Quant au chat, lorsqu’il a été amené à la SPCA, on pouvait voir ses os dépasser des coussins de ses pattes.

Chaque année, la SPCA Côte-Nord tente de faire passer le message, via une campagne de sensibilisation, pour rappeler aux propriétaires d’animaux l’importance de préserver leur compagnon du froid, mais la situation se répète et les décès surviennent.

Encore une fois, l’inconscience de certains propriétaires laisse pantois. Lors d’une consultation, le propriétaire d’un petit chien a fièrement fait savoir à M. Marchand qu’il le mettait au congélateur un cinq minutes lorsque celui-ci était «trop tannant». «Ce qu’il ne réalisait absolument pas, c’est que son chien ne se calmait pas, mais qu’il commençait plutôt à démontrer des signes d’hypothermie», expliqué le cynologiste.

Prévention
Pourquoi la situation est-elle particulièrement alarmante sur la Côte-Nord ? Difficile à expliquer pour Stéfan Marchand. À son sens, la meilleure manière de voir le portrait s’améliorer serait d’enseigner aux enfants très jeunes, dès la maternelle, à avoir une relation saine avec les animaux.

Par ailleurs, d’ici trois ans, la loi devrait être modifiée et elle viendrait donner beaucoup plus de pouvoir à la SPCA pour agir face à ces situations désolantes. Les peines seront plus importantes et les patrouilleurs auront plus de pouvoir. «Elle va permettre à la SPCA d’utiliser des recours judiciaires pour que les animaux ne soient pas maltraités. Pour l’instant, les recours sont très minimes et ils ne passent pas dans les mains de la SPCA, mais plutôt de la Sûreté du Québec», a rapporté M. Marchand.

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