Risques côtiers : Les communautés veulent des actions concrètes

Par Éditions Nordiques 12:00 AM - 02 juillet 2013
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Le directeur de l’Agence de la santé et des services sociaux sur la Côte-Nord, le Dr Raynald Cloutier a vérifié les répercussions de l’érosion des berges sur les citoyens de trois municipalités. Le niveau de confiance des gens de Portneuf-sur-Mer, Baie-Trinité et Rivière-au-Tonnerre est beaucoup plus faible que ce que le Dr Cloutier pouvait s’imaginer. «Les gens sont réveillés, ils veulent des actions concrètes», insiste le médecin.

En 2007, un forum sur le sujet a eu lieu. Deux médecins du ministère de la Santé publique ont produit un rapport sur les actions à prendre. «Les deux professionnels de la santé se sont rendu compte que les experts ignoraient l’avis de la population», explique le Dr Cloutier.

En 2010, le Dr Cloutier met sur pied le projet d’accompagnement. La science dit que le phénomène de l’érosion se poursuit; la vision des experts est donc immuable, selon le spécialiste. Qu’est-ce que les citoyens peuvent faire et quelle est leur vision des choses; sont les deux questions auxquelles veut répondre le Dr Cloutier. «La route 138 ne souffre pas, tandis que l’être humain peut perdre son terrain, sa richesse et vivre des émotions en lien avec la situation», explique le médecin.

Les particularités des trois communautés
Trois villages ont été choisis parce qu’il n’y avait pas d’interventions qui se faisaient à ces endroits. Portneuf-sur-Mer est protégé par le banc de sable. «S’il disparaît, le village disparaît aussi!», s’exclame le Dr Cloutier. Les gens doivent composer avec les changements climatiques, ceux-ci les affectent directement.
À Baie-Trinité, on voit l’eau rentrer sur les berges à plusieurs endroits.

À Rivière-au-Tonnerre, la roche protège la côte. Les résidents et les villégiateurs sont moins exposés à l’érosion des berges. L’étude a permis de constater que les gens voient très bien que les scientifiques s’occupent de l’érosion des berges et non pas des citoyens. «D’ailleurs, les 6-7 ministères impliqués dans ce dossier ne sont jamais venus rencontrer les citoyens avec nous», explique le docteur.

Le rapport confirme que les instances politiques plus éloignées des citoyens ne les considèrent pas comme des acteurs principaux. Ce sont pourtant les premiers exposés au problème et les seuls qui vont en souffrir, selon le Dr Cloutier.

Conséquences chez les humains
Le Dr Cloutier n’a pu quantifier les répercussions chez les humains, mais «le nombre élevé d’informations colligées devient une réalité en elle-même», explique-t-il. Les gens se cherchent dans une situation dramatique comme celle-ci. Ils peuvent vivre une dépression, faire subir de la violence autour d’eux, devenir dépendant aux drogues et à l’alcool et tenter de se suicider. Ce sont des situations possibles, selon le Dr Cloutier.

Solutions concrètes
Il va falloir que les différents ministères impliqués se parlent en s’asseyant à la même table de prévention. Il faut d’ailleurs arrêter de prévenir au fur et à mesure pour travailler à long terme. « C’est-à-dire éviter les problèmes de 50 à 100 ans à l’avance », précise le Dr Cloutier. L’érosion des berges étant un problème sporadique dans le temps, la Côte-Nord est dans une période d’accalmie présentement, selon le médecin. «Chaque année que l’on gaspille nous approche d’un autre problème», conclut le docteur.

Selon le Dr Cloutier il faut multiplier les solutions et ne pas les appliquer une à la fois. «Par exemple, on peut regarder pour de l’enrochement et du déménagement en même temps», illustre-t-il. Il faut qu’il y ait une pression politique sur les élus provinciaux. Les experts vont agir selon la pression que les élus vont mettre sur eux. Il faut aussi recréer une équipe régionale située près des gens qui vivent le problème.»

La Conférence régionale des élus de la Côte-Nord et le ministère de la Sécurité publique sont les commanditaires du rapport. Le rapport leur sera d’ailleurs remis. L’étude a coûté environ 160 000$.

Texte: Dominique Séguin
Photo: achives – Le Nord-Côtier

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