Trois paroisses prennent le virage numérique

Trois paroisses prennent le virage numérique

Le chargé de projet Jean-Pierre Deshais et le diacre Alain Jourdain, mandaté par l’évêque pour trouver de nouvelles sources de financement, entourent le curé Yves Lemieux, à l’origine du virage numérique.

Crédit photo : Le Manic

(LE MANIC) Trois paroisses du diocèse de Baie-Comeau s’unissent pour faire une percée sur le Net afin de présenter le visage de l’Église d’aujourd’hui à ceux qui, autrement, ne le connaitraient pas. En ligne depuis peu, le site Internet Église Côte-Nord.org et sa plateforme numérique de sociofinancement seront bientôt suivis d’une application mobile, rien de moins!

Charlotte Paquet

La paroisse Saint-Jean-Eudes de Baie-Comeau est à l’origine du virage numérique. «Moi, je voulais que la paroisse de la cathédrale soit sur le Net. Où est-ce que la jeune génération va chercher son information? Sur le Net», lance le curé Yves Lemieux, pour qui ce virage est un passage obligé de nos jours.

Mis au fait de l’initiative, Mgr Jean-Pierre Blais a suggéré d’élargir le projet à l’ensemble du diocèse. «Moi, j’ai dit «trois paroisses», pas plus», mentionne l’instigateur. Celles de la Nativité-de-Jésus à Baie-Comeau et Marie-Immaculée à Sept-Îles ont embarqué dans le projet Église Côte-Nord, paroisses ouvertes, numériques et transparentes. Une page Facebook y est également rattachée.

Le site Internet veut ouvrir l’église aux gens. «On veut montrer ce que l’on fait, montrer que l’église, ce n’est pas seulement les messes », poursuit le curé Lemieux. Selon lui, lorsqu’on entend parler de l’Église depuis quelques années, c’est pour des cas de prêtres pédophiles ou encore des richesses du Vatican. « Il faut changer ça», insiste-t-il.

Tout en se mettant au niveau des jeunes générations, le site permet aux trois paroisses de présenter leurs activités et leurs projets, mais aussi «d’être présentes auprès des personnes qui se cherchent et se questionnent», précise le prêtre. Selon lui, l’application mobile qui sera accessible dans les prochaines semaines servira au ressourcement, à la prière, à la méditation et à la formation.

Après le concile Vatican II dans les années 60, les gens ont commencé à déserter l’église. Le virage numérique des trois paroisses veut permettre d’aller à leur rencontre, mais d’une autre manière. «Le pape a dit : « N’attendez pas qu’ils viennent à l’église, ils ne viendront pas», rappelle d’ailleurs Jean-Pierre Deshais, chargé de projet de ce large virage numérique et associé de la communauté des Eudistes.

De la dîme au sociofinancement

Propriétaire d’une entreprise spécialisée dans la conception de sites Internet et préretraité, le Montréalais a répondu à l’appel du curé Lemieux, qu’il connaissait. Le professionnel s’est installé à Baie-Comeau, l’été dernier, afin d’élaborer le projet. Son mandat devait durer trois mois, mais il s’est prolongé. C’est d’ailleurs à sa suggestion que le site Internet Église Côte-Nord.org s’est enrichi d’une plateforme numérique de sociofinancement.

Contrairement à ce qui se passe en France, le domaine du sociofinancement religieux était inexistant au pays, selon les responsables du projet.

Le soutien financier de la population est réclamé sur la base de projets en marche ou en devenir dans les communautés. Comme point de départ, trois sont proposés. Ils concernent l’engagement de Colette Hébert au sein de l’Unité Domrémy, les services rendus par l’abbé Richard Staniforth aux personnes en fin de vie et le nouveau projet Accueil numérique Baie-Comeau pour permettre aux gens de se réapproprier l’église. «On ne ramasse pas juste des fonds, on ramasse des gens aussi», précise Jean-Pierre Deshais.

«C’est une autre manière d’aller chercher du financement. La dîme, c’est une chose, mais les jeunes ne sont pas collés à cette réalité-là. Et comme les gens ne sont pas dans l’église, la quête n’est pas nécessairement possible», explique le curé Lemieux.

La traditionnelle dîme fait plutôt partie de l’histoire du passé puisque les personnes qui ne fréquentent plus l’église sont peu enclines à l’acquitter. Un attachement à certaines œuvres demeure cependant et c’est à partir d’elles que s’orchestrent les campagnes de sociofinancement.

«Les fermetures de commerces, c’est vrai que c’est pénible, mais pendant ce temps-là, il se passe des choses. Il n’y a pas juste un trou noir», conclut l’instigateur du projet numérique, projet assorti d’un budget totaslisant 25 000 $.