Retour à l’école: Affronter ses peurs pour obtenir un diplôme

Retour à l’école: Affronter ses peurs pour obtenir un diplôme

Shenna Labbé Grégoire a surmonté ses peurs pour obtenir son diplôme et prévoit aller à l’université.

Crédit photo : Le Nord-Côtier

Il ne restait à Shenna Labbé Grégoire que quelques crédits à engranger pour obtenir son diplôme d’études secondaires. La venue au monde de son petit garçon, qui s’est ajouté à une petite fille, ainsi que son agoraphobie ont fait en sorte que la jeune innue de Uashat ait dû cesser l’école. Étant l’une des premières diplômées du Centre régional d’éducation pour adultes (CRÉA), Shenna souhaite aller à l’université et partir son entreprise.

Enceinte de son deuxième enfant, alors qu’elle s’apprêtait à finir son secondaire, Shenna Labbé Grégoire prend la décision de quitter l’école pour prendre soin des bambins. «Quand mon garçon a eu cinq ans, j’ai essayé de retourner à l’école, mais ça n’a pas marché. J’ai lâché», a-t-elle raconté. Il faut dire que la jeune innue est agoraphobe, ce qui implique qu’elle a peur de se retrouver dans de grands groupes… comme à l’école.

«Quand j’ai vu qu’ils ouvraient le CRÉA, je me suis dit que c’était ma chance», a mentionné Shenna. Le centre de formation logeait alors au sous-sol d’une église le temps que le bâtiment inauguré la semaine dernière prenne forme. Le fait de connaître ses compagnons de classe a aidé la jeune innue à obtenir son diplôme d’études secondaires. «J’ai trouvé ma place. J’ai eu la volonté de terminer.»

«Je suis une femme comme tout le monde»

«Je suis une femme autochtone. Il y a beaucoup de préjugés. Ça me faisait peur. En allant à Kiuna, j’ai pu me reconnaître par moi-même. Je ne suis pas juste une femme autochtone. Je suis aussi une femme comme tout le monde.»

Diplôme en poche, Shenna Labbé Grégoire se dirige vers Odanak, une communauté abénaquise près de Drummondville, pour étudier à l’Institution Kiuna, un centre d’études collégiales consacré à l’éducation des autochtones. «C’est ce qui m’a aidé le plus. Je suis une femme autochtone. Il y a beaucoup de préjugés. Ça me faisait peur. En allant à Kiuna, j’ai pu me reconnaître par moi-même. Je ne suis pas juste une femme autochtone. Je suis aussi une femme comme tout le monde.»

À la suite du décès de son père, elle décide de poursuivre ses études en sciences humaines au Cégep de Sept-Îles pour «affronter ses peurs» et se rapprocher de sa famille. «Mon père était fier de moi. Il a sept enfants et j’étais la seule au Cégep», raconte Shenna.

Le début des cours à Sept-Îles n’a pas été facile, mais la jeune innue est allée chercher de l’aide pour contrôler son agoraphobie. Elle souhaite maintenant aller à l’université, en administration, avec le rêve «de partir quelque chose» à elle.

Shenna a sans doute été une source d’inspiration pour sa famille, puisque deux de ses sœurs et un de ses frères étudient aujourd’hui au CRÉA. Et comment trouve-t-elle le nouveau bâtiment? «Je trouve ça le fun. J’aimerais ça revenir! (rire)»

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Un lieu «culturellement approprié» pour s’accomplir

Le conseil de bande de Uashat mak Mani-Utenam a inauguré le 20 septembre le Centre régional d’éducation pour adultes (CRÉA). Ce centre de formation destiné aux Innus de toutes les communautés du Nitassinan, n’ayant pas de diplôme d’études secondaires, permet d’atteindre leur but dans un lieu «culturellement approprié».

«Un centre comme celui-ci était nécessaire et souhaité par plusieurs qui ont à cœur le développement de notre communauté», a mentionné le chef de Uashat mak Mani-Utenam, Mike McKenzie lors d’une cérémonie marquant le début de l’année scolaire du nouveau centre de formation.

Le Centre régional d’éducation pour adultes (Photo : Le Nord-Côtier)

«Ici, nos étudiants vont être capables de vivre la notion de famille élargie. Lorsqu’ils vont avoir des phases de

découragement et de démotivation, ici, on va être capable, avec notre notion de famille élargie, de les reprendre en main et de les enligner», a expliqué le directeur du nouveau centre, Denis Dionne. «Faites-vous confiance, réussissez! Je vous garantis qu’il va y avoir un mur avec la photo de tous nos finissants», a-t-il lancé.

«Sachez que vous êtes des modèles pour vos enfants et pour tout le monde dans la communauté. En vous regardant, ils verront votre persévérance à l’œuvre, votre désir de réussite. Aucun mot ne peut remplacer l’exemple que vous leur montrez», a mentionné la responsable du secteur éducation au conseil de bande, Vicky Lelièvre.

En chiffres :

1ère : Première cohorte formée en janvier 2016

16 : Nombre de diplômés secondaires depuis janvier 2016

100 : Le centre de formation peut accueillir une centaine d’étudiants

7 millions : Investissement de près de 7 millions $