«Ma réserve dans ma chair : l’histoire de Marly Fontaine»: L’expression d’une «voix invisible»

«Ma réserve dans ma chair : l’histoire de Marly Fontaine»: L’expression d’une «voix invisible»

La collaboration établie entre Mélanie Loisel et Marly Fontaine constitue en soi un intéressant pas vers la réconciliation des autochtones et des allochtones.

Crédit photo : Courtoisie

Publié chez Fides, «Ma réserve dans ma chair : l’histoire de Marly Fontaine» raconte le parcours de vie atypique d’une jeune femme innue de Uashat mak Mani-Utenam. Un exemple concret de réussite scolaire que l’auteure et journaliste Mélanie Loisel considérait opportun de mettre en lumière.

Au départ, Marly Fontaine était quelque peu réticente à revenir sur son passé. Un lien de confiance s’est toutefois rapidement construit avec l’auteure de ce livre. «J’ai senti chez elle une très grande authenticité. Sa sensibilité m’a touchée droit au cœur. Ce n’est pas seulement mon histoire qui est racontée, tient-elle à préciser. C’est aussi celle d’autres femmes qui ont eu à traverser des épreuves similaires. Si je peux les aider à s’en sortir, je ne peux pas demander mieux.»

Elle estime que son témoignage a été retranscrit assez fidèlement. «Elle n’a pas changé mon propos. Elle n’a fait qu’embellir ce que je disais. Elle l’a reformulée différemment. J’ai tout de même l’impression que ces mots viennent de moi. Ce sont parfois de petits détails qui ont eu à être modifiés, pour s’assurer que ce soit conforme à la réalité», souligne-t-elle.

Une image trompeuse

Au-delà de tout ça, elle espère réussir à faire tomber certains préjugés qui persistent à l’égard des membres des communautés autochtones. «Tout ce qu’on entend sur les Autochtones, en général, est du négatif. Les gens ignorent que l’on ne pouvait pas aller à l’université jusque dans les années 1970 sans perdre son statut d’autochtone, soulève-t-elle. Si on voulait être éduqué, on devait alors sacrifier notre culture. C’est le système qui était fait ainsi.»

Même si le système scolaire n’est pas conçu pour les Autochtones dans sa forme actuelle, de plus en plus d’Innus poursuivent des études supérieures. «J’ai terminé mes études universitaires à l’âge de 28 ans, confie-t-elle. Ça m’a pris beaucoup de courage et de persévérance. Des femmes comme Jeanne D’Arc Vollant m’inspirent. Elle a eu sa maîtrise, il y a 2, ou 3 ans, à l’âge de 51 ans. C’est la preuve concrète qu’il n’y a pas d’âge pour retourner sur les bancs d’école.»

L’art est un outil que Marly Fontaine a beaucoup de plaisir à utiliser pour sensibiliser les gens aux impacts des pensionnats autochtones qui se font toujours sentir aujourd’hui. «L’art est apparu très tard dans ma vie. Lorsque je me suis jointe à Johanne Roussy pour le projet Virage, il y a quelques années, je me questionnais face à mon avenir. À partir de ce moment, l’art a pris de l’importance. J’ai rapidement compris que c’était un moyen efficace de leur faire connaître notre histoire et de rejoindre les gens droit au cœur.»

Une grande source d’inspiration

Mélanie Loisel a été mise en contact avec l’histoire de Marly Fontaine grâce à l’artiste multidisciplinaire, Johanne Roussy. «Je n’osais pas croire qu’une jeune femme innue s’était fait tatouer sur son bras son numéro de réserve. Selon moi, ce n’est pas un geste anodin que l’on pose sans y avoir réfléchi au préalable», affirme-t-elle.

Elle désirait faire entendre cette voix singulière à un maximum de gens. «Ça m’a fait voir la réalité des femmes autochtones dans les communautés. C’est une voix que l’on n’entend pas. J’ai déjà traversé des réserves autochtones sans même avoir conscience de ce qui s’y passait vraiment. C’est une culture différente que je ne connaissais pas. Je voulais savoir quelle est l’origine de toute cette violence dans les communautés autochtones et pourquoi ça se perpétue de génération en génération.»

L’auteure et journaliste a rapidement apprécié la force de vivre manifestée par Marly Fontaine. «Elle est passée à travers tout un lot d’épreuve. Elle a été agressée. Elle s’est automutilée. Son histoire m’a profondément touchée. Contrairement à plusieurs femmes, elle ose parler et je considère que sa voix se doit d’être entendue. On est deux femmes de la même région que tout séparait. C’est un pas nécessaire vers une véritable réconciliation. C’est ensemble qu’on doit construire l’avenir», déclare-t-elle.

Originaire de Fermont sur la Côte-Nord, Mélanie Loisel œuvre dans le domaine des médias au Québec et au Canada depuis plus d’une douzaine d’années. Ce métier qu’elle exerce lui a permis de parcourir l’ensemble du pays et de nombreux continents, afin de réaliser des reportages sur divers sujets qui ont été publiés dans différents journaux et magazines et diffusés sur ICI Radio-Canada.  Elle est également l’auteure du livre «Ma vie en partage», publié aux éditions de l’Aube, qui relate le récit d’un survivant de l’Holocauste.