Un premier bloc intensif de tournage de Kuessipan presque complété

Un premier bloc intensif de tournage de Kuessipan presque complété

Une scène de hockey extérieur a été tournée au parc du Vieux-Quai de Sept-Îles.

Crédit photo : Lena Mill-Reuillard

Depuis la mi-novembre, une équipe de production de Max Films Média s’affaire au tournage du film «Kuessipan» dont le récit est librement inspiré d’un recueil de Naomi Fontaine. Un projet cinématographique sur lequel Myriam Verreault travaillait depuis plus de cinq ans.

À la suite d’une rencontre en 2012 avec Naomi Fontaine au Salon du livre des Premières nations à Wendake, Myriam Verreault s’est procuré son recueil de récits «Kuessipan», publié aux éditions Mémoire d’encrier. Très rapidement, elle est tombée sous le charme de ce portrait contemporain d’une communauté innue. Se sentant incapable d’en élaborer son scénario seule, elle a approché l’auteure afin qu’elle lui prête main-forte pour sa scénarisation.

«Au départ, je me sentais incapable de le faire seule. J’ai apprécié ce regard authentique. On s’est inspirées du livre pour en créer une tout autre histoire. On est parties de fragments du livre et on a extrapolé. De là est née cette histoire d’amitié entre Mikuan et Shaniss. C’est ce qui a servi de fil conducteur», précise celle qui avait déjà séjourné dans la communauté de Uashat mak Mani-Utenam, il y a plusieurs années. Elle avait eu un réel coup de cœur.

Kuessipan
L’auteure Naomi Fontaine et la réalisatrice Myriam Verreault.

Réalité invisible 

Par la réalisation de ce film, Myriam Verreault a cherché à mettre en lumière le vécu des gens qui résident dans une communauté autochtone. «C’est ce qui m’a plu dans ce projet. Je trouvais qu’il y avait là tellement de choses à raconter. La diversité est pour moi essentielle dans le cinéma québécois, enchaîne-t-elle. C’est une culture en soi très unique qui est connectée à la nôtre. L’identité de ces ados m’a beaucoup charmée. Il y a là une belle ambivalence.»

La trame de fonds étant justement l’histoire de deux adolescentes dont l’amitié s’effrite sérieusement lorsqu’une d’entre elles s’amourache d’un Québécois et qu’elle rêve de sortir de la réserve innue pour s’épanouir. «Elle demeure tout de même fière de son identité, tient-elle à préciser. Cette communauté demeure en elle. C’est à la fois un poids pour elle, mais aussi, une très grande richesse.»

Le projet est ambitieux à mener, puisqu’il faut comprendre qu’il n’est pas simple de déplacer une si imposante équipe de production dans la région et que cela s’accompagne aussi d’importants coûts. «J’étais surprise de voir que Félize Frappier (réalisatrice) s’est intéressée aussi rapidement au projet. Elle a relevé un très gros défi. Le processus de financement a été long. On a eu certains moments de découragement, mais ça valait la peine d’aller jusqu’au bout», affirme-t-elle.

Une réelle fébrilité

Quand elle a écrit ce recueil de récits, Naomi Fontaine était loin de se douter qu’il servirait de source d’inspiration à un film. «Je me suis rendu compte que c’est un processus long et rigoureux. Je viens d’arriver sur le plateau de tournage et ce que j’imaginais dans ma tête est encore plus beau, soutient-elle. On est parti d’une série de portraits qui venaient donner le pouls d’une communauté.»

Visiblement fière du travail effectué pour la coscénarisation, elle se sent privilégiée d’être partie prenante d’un projet cinématographique. «J’ai réalisé tout le travail qui a été effectué par Myriam Verreault. Elle a tissé de nombreuses amitiés ici. Elle a découvert une culture et elle en est véritablement tombée amoureuse. Ça transparaît dans le choix des scènes que l’on retrouve dans le film.»

Elle considère que la réalisation d’un tel projet constitue un premier pas concret vers une réelle réconciliation entre les autochtones et les non-autochtones. «Cette ouverture se fait sentir. Cependant, ce qui est le plus beau, c’est la fierté qu’ont les Innus de leur culture. Ils retrouvent leur dignité. C’est un mouvement d’affirmation. Les adolescents y sont partie prenante», déclare-t-elle.

Réalisé par Max Films Média, le long-métrage Kuessipan devrait sortir en salle à l’automne 2018, ou à l’hiver 2019. Son équipe de tournage prévoit revenir à Sept-Îles et à Uashat mak Mani-Utenam pour un deuxième séjour en mai 2018. Cette fois-ci, il sera de plus courte durée.