Persérévrance scolaire : «On peut tous être un modèle pour eux»

Persérévrance scolaire : «On peut tous être un modèle pour eux»

La «persévérante» Idil Ahmed Houssein est entourée de Lucien Maltais, directeur, Commission scolaire du Fer, Nadia Richard, directrice générale du CJE Duplessis, et Réjean Porlier, maire de Sept-Îles. Ils tiennent le symbole de la persévérance scolaire, le ruban vert.

Crédit photo : Le Nord-Côtier

Dans le cadre des Journées de la persévérance scolaire, le Carrefour jeunesse-emploi (CJE) Duplessis et la Commission scolaire du Fer révèlent les résultats d’un sondage sur la vulnérabilité au décrochage et les clés de la persévérance scolaire. La communauté aurait un grand rôle à jouer dans la réussite des jeunes étudiants.

La Commission scolaire du Fer essaie depuis plusieurs années d’améliorer la réussite scolaire, indique son directeur Lucien Maltais.

«On réussit de plus en plus à les garder accrochés, mais c’est vraiment au niveau de la diplomation qu’on a un retard face au reste du Québec», précise-t-il.

En conférence de presse mercredi, M. Maltais a mis en contexte les données recueillies auprès d’un peu plus de 1 000 Québécois âgés de 18 et 34 ans. Tout d’abord, on différencie les décrocheurs qui ont quitté l’école et n’ont pas de diplôme, des raccrocheurs, qui eux, sont revenus pour l’obtenir.

Il y a aussi les «persévérants» qui ont eu des difficultés de parcours. Quant à eux, ils ont pensé à décrocher, mais ont finalement réussi à être diplômés.

Motivation à persévérer

Jessie Dupéré est intervenante jeunesse au CJE et travaille au niveau de la persévérance auprès des jeunes de 15 à 19 ans. Elle intervient auprès des personnes qui présentent des facteurs de vulnérabilité au décrochage. Cela peut notamment être en lien avec leur parcours personnel, ou découler de troubles d’apprentissage.

«J’essaie de leur donner une motivation à persévérer et j’aide à regrouper tous les moyens pour qu’ils soient en mesure de le faire. Ils ont plein de forces, de qualités, mais ils les oublient parfois. Je leur démontre qu’ils ont tout ce qu’il faut pour réussir», explique-t-elle.

L’intervenante rappelle que les adolescents qui pensent à décrocher ont parfois de très bons résultats scolaires, mais que d’autres facteurs les amènent à se désintéresser de l’école.

«L’intimidation est un facteur, le sentiment d’appartenance à l’école aussi. J’interviens également avec les jeunes qui ont décroché depuis peu. Idéalement, c’est plus efficace pendant que l’élève est encore aux études. S’il en est venu à décrocher, c’est que la démotivation a fait son bout de chemin», constate Mme Dupéré.

Sondage révélateur

En chiffres, on apprend que 29% des jeunes disent avoir commencé à penser au décrochage à 13-14 ans. «Dès l’entrée au secondaire, donc. On va tenter d’agir là-dessus c’est certain», exprime Lucien Maltais. Parce que 75 % des personnes interrogées disent s’être ennuyées tout au long de leur parcours scolaire, cela fait dire à M. Maltais que les Commissions scolaires ont du travail à faire, malgré que les écoles mettent déjà de l’emphase sur le sport, la culture et les sorties.

On pourrait croire que les jeunes plus vulnérables au décrochage n’ont pas eu de soutien à la maison, mais 66% d’entre eux indiquent que leurs parents faisaient un suivi régulier de leur situation à l’école et 93% disent que leurs parents valorisaient l’école. En revanche, 32% de ceux qui ont décidé de rester à l’école, les «persévérants», indiquent que les encouragements qu’ils ont reçus ont fait la différence dans la poursuite des études.

La communauté

Ce qui ressort aussi du sondage est l’importance de la communauté dans la réussite des étudiants. Un total de 69% des sondés estiment que la société québécoise devrait en faire plus pour soutenir la persévérance scolaire, tandis que 82 % s’entendent pour dire qu’il s’agit d’une responsabilité collective.

«On dit d’ailleurs, dans certaines cultures, que ça prend le village au complet, la communauté, pour élever un enfant», soutient Réjean Porlier, avouant qu’il n’était pas le plus studieux lui-même.

«J’ai été chanceux dans mon parcours de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Le rôle de l’éducateur est primordial, tout autant que l’environnement de l’élève. Les différents modèles auxquels un enfant peut se référer sont d’une importance majeure», croit le maire de Sept-Îles.

Il soutient que la Ville peut collaborer à trouver des façons de soutenir la réussite éducative des jeunes. «Étant donné que l’emploi va être un défi majeur, il va falloir être imaginatif, autant la Ville que la Commission scolaire, pour la problématique du décrochage.»

Décrocher pour raccrocher ?

Les données recueillies démontrent que 34% des raccrocheurs sont revenus aux études après avoir expérimenté le marché du travail.

«Décrocher pour mieux raccrocher? Ce n’est pas ce qu’on souhaite, mais on voit que le travail peut en inciter plusieurs à revenir», constate M. Maltais. Réjean Porlier va dans le même sens et relate l’expérience de son garçon.

«Plusieurs réalisent en effet la valeur de la continuation et d’un diplôme suite à un contact avec le marché du travail. À 14 ans, mon garçon voulait commencer à s’acheter des biens. Mais, il s’est rendu compte avec le temps, en observant son milieu de travail, qu’il avait moins d’opportunités pour s’occuper d’une éventuelle famille en ne terminant pas ses études.»

Paradoxalement, le plein emploi serait l’un des principaux obstacles à la persévérance et à la diplomation à Sept-Îles. «Quand un emploi bien payé t’attend, pourquoi finir ton parcours scolaire C’était même promu, il n’y a pas si longtemps, à Sept-Îles, cette initiative-là», relate le maire.