Les pêcheurs de crabe des neiges et de crevettes s’inquiètent pour l’avenir de leur métier

Les pêcheurs de crabe des neiges et de crevettes s’inquiètent pour l’avenir de leur métier

La pêche, industrie fondatrice de la ville de Sept-Îles, connaît de nombreux changements. À l’aube du commencement de la saison, les changements climatiques, la baisse des stocks, l’évolution du marché et le manque de relève sont quelques-unes des problématiques redoutées par les pêcheurs locaux.

Pour les pêcheurs de crevettes, la mauvaise nouvelle est déjà tombée : les stocks de crevettes seront diminués de 40% en raison d’une importante baisse de la biomasse dans toutes les zones de pêches du Québec.

«Ça s’annonce assez inquiétant, avec une baisse des stocks de 40%. C’est sûr que ça va affecter tout le monde, des pêcheurs aux employés d’usine», indique Jean-Pierre Élément, pêcheur de crevette et président de l’autorité portuaire de Sept-Îles.

Pour les pêcheurs de crabe des neiges, la décision sera rendue cette semaine, alors que des représentants de Pêches et Océans Canada rencontreront des membres de l’industrie afin de statuer sur les prochains quotas.

Sans se prononcer sur une possible diminution des quotas de crabes, le biologiste en science aquatique de l’Institut Maurice-Lamontagne, Cédric Juillet, affirme que la tendance est à la baisse. Bien que le nombre de crabes dans la zone 16 (celle incluant Sept-Îles) ne soit pas actuellement en régression, le quota pourrait être appelé à être réduit, comme c’est le cas ailleurs dans le Saint-Laurent.

«On observe que l’évolution de la population du crabe des neiges se fait de manière cyclique, environ tous les huitb ans. Pour les deux prochaines années, la population devrait diminuer et on peut espérer avoir une nouvelle vague de crabe dans trois ou quatre ans», explique-t-il.

Selon lui, les changements climatiques et la présence nouvelle de glace en Minganie viennent brouiller partiellement les pronostics de son Institut.

Marché

Plusieurs pêcheurs et poissonneries craignent les effets de ces baisses de stocks sur le marché.

C’est le cas de la Poissonnerie Fortier de Sept-Îles qui craint que cela puisse faire monter la valeur marchande de la crevette.

«On est une petite entreprise, on n’a jamais réussi à transformer un quota au complet. Mais pour le secteur, ça ne sera pas facile et les prix devraient monter en raison de la rareté», croit le directeur général de la Poissonnerie Fortier, Jean-Christophe Dubreuil.

Selon le directeur de l’Office des pêcheurs de crabe des neiges de la zone 16, Jean-René Boucher, des négociations seront entreprises au cours des prochaines semaines avec l’Association québécoise des industries de la pêche, afin de statuer sur les prix du marché.

«Ça va avoir un impact sur le salaire et sur la rentabilité des entreprises de pêche», dit-il.

Relève

Selon Jean-Pierre Élément, il y aurait un manque flagrant de relève dans l’industrie de la pêche nord-côtière, ce qui lui fait craindre pour l’avenir de sa profession.

«Tout le monde cherche de la relève, que ça soit dans les usines, ou sur les bateaux. Sur la Cote-Nord, il n’y a pas grand relève. Les jeunes veulent travailler dans d’autres secteurs», s’inquiète-t-il.

Aux Pêcheries Uapan de Uashat mak Mani-Utenam, une entreprise communautaire, on ne tient toutefois pas le même discours. La relève serait très présente et un programme de formation pour les pêcheurs serait même sur le point de voir le jour au nouveau centre de formation de Uashat.

«Ça va permettre de développer les compétences de notre population. La différence, c’est que nous, l’entreprise n’est pas privée, alors on ne cherche pas à la vendre. De plus, on paye au pourcentage au lieu d’à la semaine, ce qui est très intéressant»,  indique Yan Tremblay, directeur des Pêcheries Uapan.