Le MAPAQ contraint deux entreprises locales à mettre fin à leur collaboration

Le MAPAQ contraint deux entreprises locales à mettre fin à leur collaboration

Mohamed, chef sushi à la Poissonnerie Fortier, venant tout juste de préparer une assiette de tartare de saumon.

Crédit photo : Le Nord-Côtier

La Poissonnerie Fortier avait entrepris un partenariat avec Clickafé. Elle lui fournissait des tartares de poisson frais pour garnir ses sandwichs. Suite à une plainte anonyme, le MAPAQ a avisé les deux commerçants que leur collaboration était impossible.

On retrouvait jusqu’à tout récemment des sandwichs de tartare de thon et de saumon frais à tous les mercredis au Clickafé. Le directeur de la Poissonnerie Fortier, Jean-Christophe Dubreuil, faisait acheminer les tartares frais du jour au restaurant.

«Ils avaient une très belle réception auprès de leur clientèle. Avec raison, parce que ça donnait un produit très intéressant. C’est vraiment dommage qu’on nous empêche de faire un tel partenariat et de chercher à innover», affirme-t-il.

M. Dubreuil dit avoir de la difficulté à comprendre les raisons pour lesquelles quelqu’un aurait fait une plainte au MAPAQ. Du côté de Clickafé, on se pose la même question.

«C’est dommage, on a l’impression qu’à Sept-Îles, aussitôt qu’un commerçant sort un peu du lot, il se fait rentrer dedans. Ça rend le climat particulier. Mais bon, j’aime mieux en rire, on a autre chose à faire», mentionne Marie-Ève Fortin, copropriétaire du commerce.

La jeune femme adorerait créer des partenariats avec des acteurs locaux, mais elle admet que cela semble assez difficile à construire. Elle fait part avoir déjà essayé d’approcher un commerçant septilien en ce sens, il y a quelque temps.

«J’ai vu que la coopération n’était pas facile. Ce n’est pas le genre d’initiative qui semble être bien accueillie. C’est au niveau de la mentalité on dirait.»

Une mentalité à changer

Le directeur général de la Chambre de commerce de Sept-Îles, Paul Lavoie, abonde dans le même sens. «Oui c’est culturel, et malheureusement, une culture, ça ne se change pas rapidement. Il n’y a pas si longtemps, le client était captif à Sept-Îles, avec 250 km de bois chaque côté et internet qui n’était pas là pour aider à faire des achats à l’extérieur de la région», lance-t-il. «Aujourd’hui, il y a peut-être un restant de cette mentalité-là, que certains entrepreneurs peuvent avoir», explique-t-il.

Il croît toutefois que le marché est en train de changer. Les clients étant plus difficiles à attirer, les commerçants se doivent d’innover pour fidéliser la clientèle.

«C’est surtout pour le commerce de détail. C’est une bonne idée pour ces entreprises d’aller vers des partenariats. Ça peut permettre de retenir la clientèle, mais aussi de se trouver des alliés en affaire», avance M. Lavoie.

Réglementation contraignante

La Poissonnerie Fortier possède un point de vente, avec un permis de vente au détail, ainsi qu’une usine, pour laquelle elle a un permis de gros. Le problème pour le MAPAQ est le fait que les tartares soient faits au point de vente.

«La solution qui s’offrirait serait soit de faire mes tartares directement dans l’usine ou directement au Clickafé. Dans les deux cas, ça devient extrêmement compliqué», explique le directeur de la poissonnerie. Pendant la saison de pêche, il y aurait des risques de contact avec d’autres produits crus à l’usine. Le directeur indique qu’il ne faudrait pas, par exemple, que la crevette crue contamine le tartare.

«Je comprends que le MAPAQ ne veut pas que n’importe qui fasse n’importe quoi, mais là je vends localement, ce n’est pas de grosses quantités, c’est frais et c’est vendu la journée même. Il y a des normes à respecter, mais là je trouve ce cas-là un peu abusif», constate-t-il.

Le MAPAQ n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevues.