Les Innus bloquent toujours La Romaine

Les Innus bloquent toujours La Romaine

Les Innus du Nutashkuan n’ont pas l’intention de lever le barrage tant et aussi  longtemps que leur chef n’obtiendra pas une rencontre en «face-à-face» avec le premier ministre, Philippe Couillard. Vendredi, les manifestants entravent toujours le chemin d’accès menant au complexe La Romaine.

«(La rencontre avec M. Couillard) est une condition sine qua non à une éventuelle levée des barricades», a fait savoir le chef innu, Rodrigue Wapistan. «Nous avons suffisamment perdu notre temps à discuter avec les fonctionnaires d’Hydro-Québec et du gouvernement sur des questions qui touchent et sur lesquelles nous devrions avoir plein pouvoir», a-t-il poursuivi.

«Le gouvernement doit comprendre que cette étape n’est que le début, a averti le chef Wapistan. Malgré de nombreux efforts et appels auprès d’Hydro-Québec et du gouvernement, nous faisons toujours face à un mur d’indifférence et d’insouciance. Notre patience a atteint sa limite».

Les manifestants réclament qu’Hydro-Québec «respecte de leurs droits territoriaux» et par le fait même, l’entente conclue avec la communauté en 2008, avant même le début de l’important chantier de près de 8 milliards $. Selon eux, le gouvernement et sa Société d’État «bafouent» leurs droits et «mettent en péril» l’environnement.

DCIM100MEDIADJI_0002.JPG
Le site des barricades sur le chemin d’accès à La Romaine. (Photo: Optik 360)

 

Les Innus accusent la Société d’État d’avoir notamment ennoyé plus de 50% de la ressource forestière ce qui impliquerait «des conséquences graves sur l’environnement, les activités traditionnelles autochtones et le développement économique», peut-on lire dans un communiqué transmis par le conseil de bande.

La bande n’hésite pas à qualifier le chantier de «désastre environnemental» qui a provoqué une «crise économique». Selon elle, les contrats de déboisements n’ont pas apporté les fruits escomptés.

«Nous voulons sortir de notre misère et offrir un avenir meilleur à nos enfants, mais comment faire quand notre territoire et nos ressources sont détruits?», interroge le Chef Wapistan.

Québec invite à la négociation

«J’invite de nouveau les Innus à retourner à la table, on va trouver des solutions aux différends qu’ils ont soulevés», a réagi le ministre responsable Kelley, qui s’est entretenu jeudi avec M. Wapistan, au téléphone.

«Je ne vois pas de rupture dans les actions du gouvernement qui font qu’on aurait négligé la nation innue. Est-ce que les questions sont toutes réglées, non, mais la solution c’est de poursuivre les négociations» a-t-il ajouté en marge de la rencontre des premiers ministres des provinces à Terre-Neuve.

Selon lui, la visite du premier ministre sur le site des barricades serait «impossible».

«Si tout le monde commence à barrer des routes pour avoir accès au premier ministre, la société ne peut pas fonctionner comme ça», a ajouté M. Kelley

Appuis des élus

Les revendications des Innus de Nutashkuan obtiennent notamment l’appui du préfet de la MRC de Minganie, Luc Noël, qui explique retrouver des préoccupations similaires aux siennes chez celles des manifestants. «Je pense à la question de la main-d’œuvre, des retombées économiques et à l’environnement», a-t-il indiqué.

«Ce sont des citoyens de la MRC de la Minganie au même titre que n’importe quel Nord-Côtier qui vit sur notre territoire», a ajouté le préfet, qui se rendait de nouveau sur les lieux de la barricade au moment de l’entrevue. «On ne veut pas les laisser seuls, on les aide à cheminer là-dedans».

Le maire de Havre-Saint-Pierre, Berchmans Boudreau, s’est aussi déplacé sur le site, tout comme le chef innu de la communauté d’Ekuanitshit (Mingan), Jean-Charles Piétacho.

L’Association des gens d’affaires de la Minganie a également donné son appui aux Innus, affirmant que leur action est une «conséquence logique du laxisme gouvernemental» dans le dossier La Romaine.

Le barrage érigé sur le chemin d'accès à La Romaine.
Le barrage érigé depuis mercredi. (Photo: Courtoisie)

Injonction valide 

Hydro-Québec pour sa part se défend de ne pas respecter l’entente de 2008 et dit suivre «la situation de près.» La Société d’État détient par ailleurs une injonction émise par la Cour supérieure, qui ordonne à quiconque de déplacer toute forme d’entrave sur la route menant au chantier La Romaine.

Un recours légal qui n’effraye pas le chef Wapistan. «Ça serait perçu comme une provocation et ne ferait qu’envenimer la situation. Nous sommes sur nos terres et allons défendre nos droits jusqu’au bout. Une injonction d’Hydro-Québec ne ferait qu’attiser notre colère et notre détermination. Ce dossier est de nature politique, pas juridique».

Vendredi matin, la Sûreté du Québec dénombrait «quelques» manifestants au kilomètre zéro. Selon le corps policier qui assure la surveillance, la manifestation se déroule dans le calme et n’entrave pas la route 138.


(Photo: Optik 360)