Fin des audiences de l’Enquête sur les femmes autochtones à Maliotenam

Fin des audiences de l’Enquête sur les femmes autochtones à Maliotenam

Alma Mameanskum a raconté des abus policiers vécus à Schefferville.

Crédit photo : capture d'écran

Les audiences de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ont pris fin vendredi, à Maliotenam. Des témoins ont notamment raconté avoir été victimes d’abus de pouvoir de la part d’un ex-policier de Schefferville.

Les sœurs Alma et Elizabeth Mameanskum ont été les deux premières femmes à prendre le micro lors de la dernière journée d’audience publique de l’ Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Toutes deux membres de la nation Naskapis et originaires de la communauté de Kawawachikamach, au nord de Schefferville, elles ont raconté avec émotions les situations d’abus d’autorité et d’agressions sexuelles qu’elles auraient subi entre les années 1980 et 1981.

Alma Mameanskum se promenait dans les rues de Schefferville avec une amie, lorsqu’un policier les auraient interpellées. «Il nous a demandé de danser. Quand on lui a demandé pourquoi , il a répondu :«Parce que toi et ton ami avez de beaux corps»», a-t-elle relaté.

Les deux amies auraient ensuite pris la fuite avant d’être rattrapées par le policier. «Il nous accusait d’avoir volé quelque chose dans  le centre récréatif et nous demandait d’entrer dans sa voiture», a raconté Mme Mameanskum.

Après s’être cognée la tête contre la porte de la voiture de police, Alma Mameanskum y serait finalement montée. C’est à ce moment que le policier aurait commencé à lui flatter les cheveux à et lui faire des attouchements. Selon ses propos, le policier dont elle aurait été victime se serait récemment suicidé.

Vérité cachée

En après-midi , ce fut au tour de Gloria Sandy (tante) et Lucie Sandy (mère) de venir raconter l’histoire entourant le présumé suicide d’Alicia Grace Sandy.

Alicia Grace Sandy est considérée comme l’une des cinq victimes  de la vague de suicide survenue en 2015 à Uashat mak Mani-Utenam. Or, deux ans après le drame, Lucie Sandy n’adhère toujours pas à la thèse du suicide. Selon elle, sa fille a été assassinée par étranglement. «Ils nous ont dit qu’elle avait été trouvée sous un arbre , sous un buisson. Tout le monde sait qu’une si petite branche peut être facilement cassée. Ça ne peut pas être un suicide», a-t-elle témoigné.

Selon elle, l’enquête qui a suivi la mort de sa fille est incomplète et mensongère. «Tout a été caché parce qu’elle était une Autochtone. Si elle n’était pas Autochtone, il y aurait eu une enquête plus avancée, plus poussée», a dit Lucy Sandy.

La femme déplore également la froideur avec laquelle le corps policier lui a annoncé la triste nouvelle.

La femme souhaite qu’il y ait plus de sérieux dans la manière de traiter les dossiers autochtones. «Je voudrais que l’on prenne ça au sérieux quand il arrive quelque chose a une femme autochtone, il faut compléter les enquêtes en bonne et due forme», a indiqué la mère.

Une grande délivrance

Le passage de la Commission d’enquête à Maliotenam représente également le retour de la commissaire Michèle Audette dans sa communauté d’origine.

Après une semaine d’audience, elle constate un grand sentiment de délivrance au sein des témoins qui ont osé livrer leur histoire. «Ça prend un grand courage et une grande résilience pour livrer ces témoignages-là. Et ça fait juste confirmer la raison d’être de cette enquête», a-t-elle dit.
Selon la commissaire, la diffusion publique de l’enquête poussera encore plus de victimes à témoigner. «Il y a des sujets qui ont été surtout abordés au Québec comme l’influence des institutions religieuses et  la déportation», a-t-elle dit.

Elle constate également que l’Enquête permet de rouvrir certains dossiers qui ont été oubliés avec le temps. «Dans d’autres provinces, les témoignages ont mené a des réouvertures d’enquêtes», a-t-elle souligné.

Michèle Audette assure que le service d’accompagnement des témoins a été un «succès» à Maliotenam, alors que l’Enquête avait essuyé des critiques à ce sujet lors de ses visites ailleurs au Canada.