Dossier sur le prix du fer

Dossier sur le prix du fer

Un vent d’optimisme souffle sur la région

Remontée du prix du fer, réouverture de la mine du lac Bloom, mise en fonction du quai multiusager et des opérations de la Société ferroviaire et portuaire de la Pointe-Noire (SFPPN) : un vent d’optimisme souffle actuellement sur la Côte-Nord. Le Syndicat des Métallos, Équipements Nordiques ainsi que la SFPPN partagent chacun leur vision de cette relance.

Véritable plaque tournante de la relance économique de la région, la Société ferroviaire et portuaire de la Pointe-Noire est la première à se réjouir de la monter du prix du fer. «C’est sûr que le fait que le marché soit suffisamment bon pour que des projets comme celui de la mine du lac Bloom démarrent concrètement, c’est extrêmement positif», lance la responsable des communications pour la SFPN, Émilie Paquet.

Depuis qu’elle s’est portée acquéreuse des installations de la défunte compagnie Cliffs, qu’elle a construit un nouveau convoyeur et qu’elle a raccordé le tout avec le quai multiusager, la SFPPN envoie un message d’espoir. Pour preuve, déjà une soixantaine de travailleurs ont été rappelés par l’organisation portuaire. Une situation intimement liée à la relance du lac Bloom, dont les premiers convois pourraient transiter par la Pointe-Noire d’ici quelques mois.

«Bon an, mal an, la plupart des travailleurs de la SFPPN ont été rappelés cet été. On peut penser que le chemin de fer va susciter de l’embauche et le quai multiusager aussi. Tous les travailleurs du lac Bloom aussi ont été rappelés. Ça représente près de 450 travailleurs. C’est sûr que ça a un impact positif sur l’économie septilienne et sur les sous-traitants», indique le coordonnateur du Syndicat des Métallos, Nicolas Lapierre.

Chez Équipements Nordiques,  une entreprise privée dont 25% du chiffre d’affaires provient des activités minières, on respire mieux depuis les derniers mois. «Après plusieurs années difficiles, ça recommence. Depuis le mois d’août, on est au lac Bloom pour préparer la relance. Heureusement, on a réussi à rester présent même lors de la fermeture de Cliffs. Même si le secteur minier représente 25% de notre chiffre d’affaires, on a d’autres clients et on a réussi à faire avec. C’est sûr que l’activité minière nous permet d’engager des employés», indique son président, Régis Bouchard.

Long terme

Grâce à ses nouvelles installations qui sont à la fine pointe de la technologie minière, la SFPPN espère avoir un modèle d’entreprise de service qui lui permettra de prospérer longtemps et d’attirer des projets miniers, mais également de nature différente.

«On a des scénarios très optimistes. On fait beaucoup de recrutement, il y a aussi beaucoup de projets d’investissements. Il ne faut pas se cacher non plus que grâce au gouvernement, on a une entreprise qui n’est pas régie par une logique d’entreprise privée dont la rentabilité est la priorité. Grâce à lui, on va pouvoir saisir le maximum d’opportunités», fait valoir Émilie Paquet.

Du côté des minières, on a réduit drastiquement les frais d’exploitation, dans le but de s’ajuster au nouveau marché du fer. Une stratégie en laquelle les travailleurs ont confiance. «On a confiance. C’est sûr que ça a des impacts lorsque tu baisses les coûts de manière aussi drastique. Mais ce sont des gestes qui sont nécessaires, et au final, ça permet de conserver des emplois. Dans la mesure où on respecte la convention collective et les travailleurs, on est content de ça», affirme Nicolas Lapierre.

En tant que sous-traitant, Régis Bouchard se dit lui aussi convaincu que la relance pourra durer encore plusieurs années. «Avec tous les efforts que les minières ont faits durant les dernières années au cas où le prix du fer retombe à 40$, je crois que nous sommes en bonne posture», dit-il.

Relance économique : une question de perspective

En 2014, le prix du fer chute sous la barre des 50$ US la tonne après avoir atteint les 180$ US, quelques années auparavant.  Dépendante du secteur minier, l’économie septilienne en prend un coup. Mais voilà qu’en 2018, le mot «relance» est sur toutes les lèvres, alors que les projets miniers refont surface et que les opportunités d’emploi recommencent à affluer.

Avec un prix du fer actuellement chiffré à 75$ US la tonne, la relance économique est-elle mirage, ou réalité? Le conseiller en gestion de patrimoine et premier vice-président de la Financière Banque Nationale à Sept-Îles, Serge Morin, fait la lumière sur cette question.

D’entrée de jeu, M. Morin a tenu à remettre les choses en contexte. «En 2014, Cliffs avait décidé d’arrêter ses opérations au lac Bloom, alors que le prix du minerai de fer était à 90$ US la tonne. À ce moment, tous les médias étaient en panique, parce que le prix avait chuté de 180$ à 90$ US la tonne. Aujourd’hui, tu me demandes si le prix actuel de 75$ la tonne est un mirage. C’est une question de perception. C’est plus bas que 90$, mais plus haut que le prix de 45$ qu’on a connu récemment», explique-t-il.

Devant les nouvelles réalités du prix du fer, les entreprises de la région ont dû revoir leurs stratégies de production de manière à baisser le coût, et par le fait même, assurer la rentabilité de l’entreprise.

«Ils ont fait des efforts exceptionnels pour baisser les coûts de production et ont remis à plus tard des dépenses. C’est comme si tu dis que tu as réduit les dépenses de ta maison en éliminant les coûts d’entretien depuis cinq ans. Oui, tu as réduit tes dépenses, mais les coûts, tu vas devoir les assumer en hausse un jour, ou l’autre», illustre le conseiller.
Selon Serge Morin, cette décision est logique pour toute entreprise dont l’objectif premier demeure la rentabilité financière.

«C’est la décision que n’importe qui aurait prise. Tu ne veux pas aller sur ta marge de crédit, alors tu coupes dans tes dépenses en espérant que le prix va remonter assez haut pour pouvoir payer tes obligations le temps venu», dit-il.

Passer au travers

Cette coupe dans les dépenses a notamment permis aux grandes industries de passer à travers la période pendant laquelle le prix du fer se situait à environ 45$ la tonne. Cette période d’austérité a eu des contrecoups sur les entrepreneurs locaux.

«Les grandes entreprises ont demandé de renégocier les contrats à la baisse. En reportant les dépenses, il y a plusieurs contrats qui n’ont finalement pas été donnés. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a réussi à passer au travers», indique Serge Morin.

Est-ce qu’à long terme notre région sera à l’aise avec un prix du fer à 75$ ? «Si à 90$ Cliffs ne se considérait pas rentable, à 75$ ce n’est pas le party», croit-il.

Il estime aussi qu’il faut se réjouir d’avoir passé au travers cette période difficile et se croiser les doigts pour que l’économie continue de bien se porter.

Il n’envisage pas voir le prix dépasser la barre des 90$ la tonne au cours des prochaines années.

«Un cercle sans fin»

Sans affirmer que l’époque où le prix du fer se situait en haut de 100$ est révolue, Serge Morin rappelle que l’augmentation de la capacité de production de fer de la planète en diminue inévitablement le prix. «Plus il va y avoir d’ouvertures de mines sur la planète, plus le prix va être autour de 50$. Plus tu entends des fermetures, plus ça va aller vers les 90$», résume-t-il.

On comprend donc que la réouverture d’une nouvelle mine et l’augmentation de la production auront forcément un effet négatif sur le prix du fer. «Parce qu’il y a trop de production, les prix deviennent plus bas. Ainsi, parce que le prix est plus bas, les mines produisent plus pour réduire les coûts de production. C’est un cercle sans fin», estime-t-il.

Baisse des coûts de production

Devant une compétition mondiale de plus en plus intense, M. Morin souhaite que nos entreprises puissent avoir les coûts de production les plus bas, afin de résister à la prochaine chute.

«Il ne faut pas croire qu’il n’y aura plus jamais de récession. Même si la Côte-Nord a tout juste l’impression de sortir d’une crise économique, nous vivons actuellement une des plus longues périodes de croissance économique. On peut donc s’attendre à ce qu’une autre récession soit proche», prédit le premier vice-président de la Financière Banque Nationale.

Actuellement, les banques et le gouvernement canadien tentent de ralentir les particuliers et les investisseurs qui prennent de plus en plus de risque avec leur argent, principalement en raison de la conjoncture économique favorable, explique-t-il.

«Les taux d’intérêt montent et les limites d’emprunt diminuent. Cela a pour but de ralentir l’économie. Il faut voir ça comme une auto : plus tu vas vite, plus le «crash est brutal.»