La Commission Viens à Sept-Îles : un passage chargé d’émotions

La Commission Viens à Sept-Îles : un passage chargé d’émotions

Une vingtaine de personnes ont assisté à la présentation de la Commission Viens au Centre d’amitié autochtone de Sept-Îles.

Crédit photo : Le Nord-Côtier

Le passage de la Commission Viens, mercredi, a soulevé plusieurs questionnements au sein des membres de la communauté de Uashat mak Mani-Utenam. La relation entre les Autochtones et les services publics est un sujet sensible, qui demande aux victimes de replonger dans leur passé. Ainsi, ce qui devait être une simple présentation technique a pris des allures d’audiences, alors que certains se sont levés pour dénoncer les injustices dont ils ont été victimes et même, pour contester la pertinence de l’enquête.

Une vingtaine de personnes ont pris place à l’intérieur du Centre d’amitié autochtone de Sept-Îles mercredi après-midi, afin de rencontrer les responsables de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics.

Rapidement, un membre de l’assistance a déploré l’absence d’un service de traduction. «Moi, je comprends bien le français, mais il y a des aînés ici, qui comprennent moins», a-t-il lancé.
Le procureur en chef, Christian Leblanc, a salué la pertinence du commentaire et a assuré qu’un service d’interprète serait disponible pour la rencontre se déroulant au musée Shaputuan, en soirée. Un autre participant s’est levé pour dénoncer avec émotion les abus de pouvoir qu’auraient fait subir les corps policiers, les services correctionnels et les services de santé aux membres de sa famille et de sa communauté au courant des dernières années.

D’autres ont tenté de comprendre pourquoi les services d’éducation n’étaient pas visés par la Commission. «C’est essentiel que le mandat soit élargi à l’éducation », a fait valoir une femme de la communauté qui assistait à la présentation.

Pour l’instant,  seuls les services policiers, correctionnels, de santé, sociaux et de protection de la jeunesse sont visés par le mandat de la Commission.

«À quoi ça va servir?»

En 2015, l’émission Enquête a fait témoigner des femmes autochtones pour qu’elles brisent le silence concernant des abus sexuels et de l’intimidation policière dont elles disaient avoir été victimes.
Une femme ayant participé à l’émission a interrompu la présentation, afin de livrer un message touchant. Elle a questionné l’équipe de la Commission sur la pertinence de la démarche, sur les résultats possibles, ainsi que sur l’accompagnement donné à ceux qui s’ouvrent lors des différentes commissions.

«Vous venez nous ouvrir des cicatrices, et nous, on se demande : à quoi ça va servir ça? Moi, je me suis ouverte, j’ai dénoncé et après, on m’a laissée à moi-même. À la place de mettre de l’argent dans des commissions, il faudrait peut-être commencer par aider correctement les victimes», a dit la femme visiblement ébranlée.

Pour le procureur-chef, ces témoignages sont nécessaires. «On est prêts à  recevoir tout ça. C’est pourquoi on a une équipe de soutien et mieux-être qui s’occupe du suivi pendant et après nos présentations. Ça (les témoignages) nous rappelle l’importance de continuer à le faire. On veut que les gens aient confiance en nous quand on va revenir», a-t-il assuré.

En effet,plusieurs ont profité de la venue de la Commission  afin d’entamer une démarche de témoignage officielle. Si le volume de dossiers est suffisant, le procureur-chef entrevoit la possibilité de déplacer son équipe afin de tenir des audiences publiques à Uashat et Maliotenam.

Aussi sur place, le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, s’est engagé à effectuer un suivi auprès de la Commission, afin que les résultats ne deviennent pas «un rapport tablette».

Une sœur à la recherche de la vérité

En marge de la présentation, une femme de Schefferville a confié au Journal la raison de sa présence. Préférant conserver son anonymat, elle a raconté que son frère serait mort brûlé en prison. Selon ce que les policiers lui auraient dit, il se serait lui-même enlevé la vie, une version à laquelle elle refuse de croire.

«Il était en isolement lorsque le feu a pris. Comment veux-tu qu’il mette le feu quand il est seul et nu ? Après la mort, on n’a reçu aucune aide. Les policiers ont juste conclu au suicide. Pourtant, c’est impossible», pense-t-elle. La dame estime que «la vérité a été cachée».

Par ailleurs, une rediffusion de la présentation de la Commission Viens au musée Shaputuan devrait être bientôt disponible sur le site http://www.innuwebtv.com/.