Le célibat rendrait plus difficile l’intégration de travailleurs en région éloignée

Le célibat rendrait plus difficile l’intégration de travailleurs en région éloignée

La professeure de géographie à l’UQAM était l’une des conférencières du colloque ADN Plan Nord organisé par la Chambre de commerce de Sept-Îles.

Crédit photo : Le Nord-Côtier

Parmi les facteurs répulsifs comme l’isolement et l’éloignement, le célibat rend plus difficile l’intégration pour les travailleurs qui s’installent dans les communautés éloignées. Dans les grands chantiers nordiques, les campements délocalisés et le fly-in fly-out peuvent aussi engendrer certaines problématiques.

En septembre dernier, la professeure Laurie Guimond de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) s’est rendue dans des communautés de la Minganie et de la Basse-Côte-Nord avec des étudiants. Lors de sa conférence dans le cadre du colloque ADN Plan Nord, elle a présenté une partie des constats de son projet de recherche.

«On a voulu comprendre la réalité des travailleurs qui choisissent de travailler dans le Nord. Autant pour ceux qui viennent travailler sur les grands chantiers que ceux qui s’établissent dans les communautés pour pratiquer un métier en enseignement ou en santé, le lien d’appartenance peut être difficile à acquérir», explique-t-elle. C’est justement ce sentiment d’appartenance qui incite les gens à rester, ou simplement à se sentir bien malgré l’éloignement. Selon la professeure, c’est en s’ouvrant au Nord que les «migrants» sont à même de s’intégrer.

Difficile pour les célibataires

Ce qui attire de prime abord les travailleurs, ce sont les salaires élevés et les conditions de travail. La quête d’aventure, de nordicité, celle de vivre dans un milieu complètement dépaysant, peut aussi attirer les gens. Selon Laurie Guimond toutefois, ce n’est pas nécessairement suffisant pour les retenir et plusieurs facteurs agissent à titre de répulsifs.

«On ne s’y attendait pas, mais notre recherche nous a démontré que le célibat est un facteur répulsif. Quand tu es sur la Basse-Côte, au début de la trentaine, que ça fait quatre ou cinq que tu y travailles et que tu n’as pas trouvé l’amour, ça peut être dur. Ça fait en sorte que les gens qui adorent leur nouveau milieu de vie vont néanmoins repartir à cause du célibat. L’amour n’arrive pas par le bateau malheureusement», lance-t-elle à la blague.

Entre autochtones et allochtones, les liens peuvent parfois être difficiles.

«Certaines populations locales sont réticentes à accueillir à bras ouverts les nouveaux résidents, craignant de les perdre rapidement. Le roulement de personnel élevé au sein des institutions scolaires et de santé touche particulièrement les Innus».

Fly-in fly-out

Le fait que beaucoup d’entreprises favorisent le fly-in fly-out occasionne aussi certains impacts dans les communautés. Mme Guimond croit d’ailleurs qu’il faudrait trouver un juste milieu entre les camps délocalisés et l’installation permanente dans les communautés.

«Parce que quand 2000 travailleurs arrivent en même temps, ce n’est pas l’idéal, surtout pour les petits villages qui n’ont peut-être pas les infrastructures pour accueillir autant de personnes». Il ne faut pas non plus penser, selon elle, que la création d’un campement sur un chantier n’aura pas d’incidences sur les communautés locales.

«Même si à la Romaine les travailleurs ne sont pas directement à Havre-Saint-Pierre, ils s’y rendent pour des services de santé, ce qui augmente la demande locale et engendre divers problèmes sociaux».