BAPE et mine du Mont-Wright : inquiétudes pour la rivière Moisie

BAPE et mine du Mont-Wright : inquiétudes pour la rivière Moisie

Le BAPE se servira des inquiétudes des organisations pour formuler des recommandations à la ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques.

Crédit photo : Le Nord-Côtier

Six intervenants sont venus présenter leurs préoccupations au Bureau d’audience publique sur l’environnement (BAPE) concernant le projet d’aménagement de nouveaux bassins d’eau de procédé et de sédimentation à la mine du Mont-Wright, à Fermont. Ils s’inquiètent particulièrement que des débordements puissent mener à la contamination des rivières aux Pékans et Moisie.

Il y avait une vingtaine de citoyens et de représentants d’organismes qui prenaient place à l’intérieur du Centre des congrès de Sept-Îles, mercredi, afin d’assister à la deuxième séance d’audiences publiques du BAPE pour le projet.

L’Organisme de bassins versants de Duplessis (OBVD), le citoyen Marc Fafard, Développement économique Port-Cartier, Innu Takuaikan Usahat mak Mani-Utenam (ITUM), l’Association de protection de la rivière Moisie (APRM) ainsi que le syndicat des Métallos sont venus présenter leur mémoire devant le président du BAPE, Michel Germain, et le commissaire, Geroges Lanmafankpotin.

Chacun d’entre eux a disposé d’une quinzaine de minutes pour présenter le contenu de son mémoire. La plupart se sont inquiétés sur la possibilité que des débordements volontaires, ou involontaires à l’intérieur des bassins puissent venir contaminer la rivière aux Pékans, un tributaire de la rivière Moisie.

Craintes pour la rivière Moisie

Daniel Girard, ancien président de l’Association de protection de la rivière Moisie, s’est montré inquiet de voir le potentiel hydrogène (ph) du cours d’eau être modifié par l’écoulement d’eaux contaminées. L’ex-président déplore le manque de précision donnée par le promoteur dans ce dossier.

«On nous a dit : ‘’il y aura aux alentours de 60 millions mètres cubes d’eau qui seront versés annuellement dans le bassin de la rivière aux Pékans’’. Mais de quelle façon et à quel moment y aurait-il plus ou moins de déversement, on n’en sait rien», a dénoncé celui qui craint que la contamination vienne perturber l’écosystème des saumons présents dans la rivière.

M. Girard prétend également avoir noté l’absence de mesures d’atténuation pour la rivière aux Pékans et la rivière Moisie. Il demande qu’un nouveau système de filtration et de contrôle de l’équilibre du ph soit utilisé. «Je ne peux pas croire que le ministère de l’Environnement accepte la destruction d’une trentaine de lacs, mais qu’il n’accepte pas un système de filtration. Si c’est ça, ils sont d’une autre époque […] dites-leurs que l’on est plus dans les années 50», a-t-il lancé.

Pas un chèque en blanc

Les membres d’ITUM partagent eux aussi les inquiétudes de l’APRM concernant la contamination de la rivière aux Pékans. Ils proposent entre autres la relocalisation de poissons se trouvant dans des lacs qui seront détruits par le projet.

«Même si on a passé une entente en 2012, ce n’est pas un chèque en blanc. Ils [ArcelorMittal] ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent», ont-ils protesté. Le conseil de bande a tout de même affirmé être favorable au projet et a indiqué qu’il comptait collaborer avec le promoteur.

Étude critiquée

L’OBV de Duplessis a vivement critiqué la méthodologie utilisée et a reproché un manque de rigueur dans le rapport du promoteur.

«Les données ne sont pas représentatives de l’ensemble des milieux perturbés», a fait valoir le chargé de projet de l’OBVD, Jean-Gabriel Soulières-Jasmin.

Selon lui, plusieurs données seraient manquantes à l’étude. Le président de la commission, Michel Germain, a lui-même reconnu que les données fournies étaient peu détaillées.

Le chargé de projet a aussi remis en doute la liste des 139 mesures d’atténuation déposées par le promoteur. «Il y a 39 de ces mesures qui sont seulement des affirmations qu’ils vont respecter la loi. Je ne vois pas ça comme des mesures d’atténuation, ce sont des obligations.»

Un projet nécessaire

Le syndicat des Métallos et Développement économique Port-Cartier sont venus témoigner de l’importance de faire atterrir le projet.

«Quand on parle de masse salariale de 250 millions et plus, ça parait dans une économie. Il faut qu’ils mettent l’énergie pour répondre aux inquiétudes des différents groupes», a exprimé le commissaire industriel de Port-Cartier, Bernard Gauthier.

«Plus de 2000 emplois syndiqués dépendent des activités d’ArcelorMittal. C’est encore plus quand on considère les emplois indirects. De ce mandat découle la survie de notre région», a affirmé le coordonnateur du syndicat des Métallos, Nicolas Lapierre.

Arcelor Mittal soutient que ce projet de plus 450 millions $ permettra de prolonger ses activités minières jusqu’en 2045.

Hautes normes

Selon ArcelorMittal, les travaux commenceraient à l’été 2018 et se poursuivraient jusqu’en 2025. Les coûts de l’ensemble des infrastructures du projet et de la gestion de l’eau jusqu’en 2045 sont estimés à 458 millions de dollars par la minière. Le projet engendrait notamment la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux, ce qui causerait une perte d’habitat du poisson sur 104 hectares.

En réponse aux inquiétudes formulées, le porte-parole d’ArcelorMittal, Paul Wilson, a indiqué que le promoteur suivait les plus hautes normes de sécurité.

«On suit les plus hautes normes de sécurité à travers la planète pour ce genre de travaux. […]Pour réaliser l’étude, on a travaillé avec les paliers de gouvernement et on a respecté toutes leurs demandes […] On a parlé à tous les gens à qui on devait parler. […] Il faut aussi rappeler que les risques sont minimes et que des groupes d’ingénieurs vont en faire le suivi», assure-t-il.

Le BAPE doit déposer son rapport à la ministre de l’Environnement d’ici le 17 avril.