Apuiat : la communauté s’impatiente

Apuiat : la communauté s’impatiente

Simulation visuelle du projet Apuiat, vu du terrain de camping de Pentecôte.

Crédit photo : Boralex inc.

Le conseil municipal de Port-Cartier adoptait dans les dernières semaines une résolution pour demander au gouvernement d’accélérer le processus entre Hydro-Québec et Apuiat. Il ne manquerait que le contrat d’achat d’électricité pour lancer le projet, mais Hydro-Québec se tarde à le signer, selon les promoteurs d’Apuiat.

Le projet Apuiat, qui pourrait être le premier parc éolien sur la Côte-Nord, serait aussi le premier pour les Innus. Marc Genest, président du conseil d’administration de la société Apuiat, explique que c’est l’ensemble des chefs des neuf communautés innues qui ont eu l’idée de trouver cette opportunité pour rassembler la nation.

«Plusieurs des communautés avaient déjà dans leur point de mire des projets de développements éoliens, mais on a convenu d’abandonner nos initiatives locales et de plutôt se rassembler», précise M. Genest, du conseil de bande d’Essipit, communauté voisine des Escoumins.

Un projet rassembleur

Apuiat, en innu, signifie «l’arbre dans lequel l’aviron est formé» et symbolise le fait d’avancer ensemble. Le projet constituerait de fait le premier véhicule commun de la nation innue.

«On a créé une société en commandite, Apuiat, dans laquelle les communautés vont devoir investir. Chacune a nommé un représentant pour agir sur le CA», mentionne Marc Genest.

C’est un défi considérable que se sont lancé les chefs, juge-t-il, puisqu’il n’y a aucun précédent du genre et que certaines communautés ont dû abandonner leurs initiatives locales en éolien.

«C’est un projet rassembleur pour la nation innue, et c’est sûrement ce qui a plu au gouvernement, lorsqu’il nous a donné le 200 mégawatts (MW)», affirme-t-il.

Le gouvernement du Québec l’a effectivement octroyé à la nation innue dans le cadre de sa stratégie énergétique 2006-2015. La nation innue s’est ensuite associée à Boralex, qui possède une expertise en la matière et une quarantaine de parcs éoliens au Canada et en Europe. Sur 4 000 MW découlant de la stratégie, 3 800 ont déjà été accordés et représentent une vingtaine de projets éoliens.

Hydro-Québec se fait attendre

La dernière étape pour que ça se concrétise est l’obtention du contrat par lequel Hydro-Québec s’engage à acheter l’énergie produite par Apuiat. Rafael Bourrellis, directeur des développements et acquisitions chez Boralex, indique que le retard qui a été engendré dans les négociations oblige à suspendre le développement et à revoir les dates de construction.

«Ce contrat, c’est évidemment la clé de voute du projet. À ce rythme, il ne pourra pas être entamé en 2018», déplore-t-il.

La raison pour laquelle Hydro-Québec n’a toujours pas signé de contrat avec Apuiat est nébuleuse, selon lui.

«C’est difficile à comprendre, en effet. On a de la difficulté à amener Hydro-Québec avec nous à la table de discussion. Il y en a eu des discussions pendant deux longues années, mais elles étaient très espacées. Aujourd’hui, c’est au point mort», laisse-t-il entendre.

Le gouvernement ayant exprimé son support, le manque de volonté viendrait donc de la société d’État, estime M. Bourrellis.

«Hydro-Québec n’a jamais été très favorable à l’éolien. Ça fait 10 ans que ça se développe ici et ça n’a jamais été une priorité pour eux. Le nom le dit, ils construisent des barrages hydroélectriques et ça ne fait sûrement pas leur affaire que le gouvernement leur demande de lancer des appels d’offres pour l’éolien», croit-il.

Alors que le Québec est en surplus depuis quelques années en électricité, des chantiers hydroélectriques comme celui de la Romaine visent entre autres à créer des emplois et à exporter de l’énergie à l’international. Concernant Apuiat, Marc-Antoine Pouliot, conseiller en communication chez Hydro-Québec, indique que la société d’État« poursuit les démarches avec les partenaires, afin d’en arriver au meilleur projet possible».

La communauté s’impatiente

M. Bourrellis se questionne sur les raisons de plus deux ans d’attente, alors que le projet recueille l’appui à Port-Cartier autant du milieu économique, qu’environnemental, ainsi que de la communauté innue.

«C’est un projet d’énergie renouvelable qui a du sens économiquement et qui est extrêmement rassembleur. C’est un des seuls, depuis longtemps sur la Côte-Nord, qui fait autant l’unanimité», observe-t-il.

Il considère, de plus, que le site de Pentecôte est l’endroit idéal sur la Côte-Nord pour le parc éolien.

«Il y a assez de vent, c’est un territoire accessible, puisqu’à proximité du réseau routier. Le réseau électrique est à sept kilomètres du site, ce qui permet de s’y raccorder à moindre coût. Le milieu d’accueil est favorable, nous ne sommes pas à proximité des résidences et, au niveau de l’environnement, le projet n’est pas dans les corridors migratoires», dit-il.

Dans ce contexte, le conseil municipal de Port-Cartier a adopté une résolution pour demander au gouvernement d’intercéder, afin d’accélérer le processus de négociation du contrat d’achat d’électricité. Le maire de Port-Cartier, Alain Thibeault, indique qu’une lettre a aussi été envoyée au ministre responsable.

Apuiat, c’est entre 48 et 57 éoliennes, de 300 à 400 travailleurs pendant la construction et de 10 à 15 emplois directs pendant l’opération.

Des investissements entre 600 et 700 millions sont prévus, selon les données du promoteur. Des contributions seront versées à parts égales entre la municipalité de Port-Cartier et la communauté de Uashat mak Mani-Utenam, chaque année, pendant les 25 ans estimés d’opération du parc éolien.