Anticosti : une victime d’un AVC s’est fait refuser une échographie cardiaque à cause des transports déficients

Anticosti : une victime d’un AVC s’est fait refuser une échographie cardiaque à cause des transports déficients

Dispensaire de Port-Menier, à l’île d’Anticosti.

Crédit photo : Evelyne Forget

Une résidente de l’Île-d’Anticosti victime d’un AVC s’est vue refuser l’inscription à une liste d’attente pour échographie cardiaque. Un des motifs invoqués par le cardiologue est la complexité des transports pour les résidents de l’Île.

Evelyne Forget est infirmière au dispensaire de Port-Menier, à l’Île-d’Anticosti. En août 2015, à l’âge de 39 ans, elle a fait un AVC qui l’a mise en arrêt de travail plusieurs mois. Elle ne conserve que des séquelles mineures de cet épisode.

Les médecins cherchent la cause de son AVC puisqu’elle était en bonne santé, sans antécédents et sans facteurs de risque. Elle a donc passé une échographie cardiaque standard à l’été 2016, laquelle s’est révélée non concluante. Elle a ensuite été mise sur une liste d’attente pour une échographie cardiaque transoesophagienne (ECT). Ce type d’échographie est plus précis, mais plus compliqué et plus long à réaliser.

Mme Forget n’a pu se présenter à son premier rendez-vous pour son ECT en septembre 2017. Le mauvais temps empêchait alors les avions de voler à Anticosti.

« Les transports à l’Île, c’est vraiment compliqué. Cette fois-là, j’ai eu un technicien informatique et un gars de Telus qui ont été pris ici trois jours », raconte-t-elle.

Elle a ensuite dû annuler deux rendez-vous en janvier 2018, la première fois pour une raison personnelle et la deuxième fois pour une raison médicale.

Elle a donc été retirée de la liste d’attente conformément aux politiques et directives en vigueur.

Discrimination basée sur le lieu de résidence

Mme Forget est tout à fait d’accord que son nom soit retiré de la liste d’attente suite aux rendez-vous manqués.

« Ça, je comprends, c’est la procédure normale, dit-elle. Le problème, c’est que le cardiologue m’a dit qu’il ne voulait pas que je me remette sur la liste parce que je travaille à l’Île-d’Anticosti. Il m’a dit “la journée où vous ne travaillerez plus à l’Île-d’Anticosti, appelez-moi, et je vais vous remettre sur la liste.” Là, la raison pour laquelle ils ne veulent pas me prendre, c’est parce que je travaille à l’Île-d’Anticosti. »

Selon Mme Forget, il s’agit ni plus ni moins que de discrimination basée sur le lieu de résidence.

« Il n’est pas tout seul à penser comme ça, c’est juste que lui il l’a écrit. Mais j’ai entendu ce discours-là d’autres spécialistes, c’est fréquent. »

Le cardiologue Louis-André Chartrand reprend ces motifs dans une lettre adressée au médecin de famille de Mme Forget. La missive fait référence à la condition médicale de Madame Forget et aux problèmes de transports pour les résidents de L’Île-d’Anticosti.

« […] Maintenant il semble qu’elle soit rendue infirmière à temps plein à l’Île-d’Anticosti, ce qui complique le voyagement pour venir à des consultations, écrit-il.

« […] Je l’ai rappelée et elle est actuellement à Québec. Elle s’est blessée à une jambe et ne peut pas revenir. De toute façon, elle est aussi maintenant infirmière à temps plein à l’Île-d’Anticosti, ce qui complique beaucoup le voyagement.

Le cardiologue va jusqu’à dire que seule une récidive pourrait justifier davantage d’investigations.

« Je suspends pour l’instant la demande d’ECT, à réévaluer seulement et surtout s’il y a un autre épisode d’ACV. Pour l’instant, la patiente ne sera pas cédulée à nouveau. »

Dénoncer pour changer les choses

Evelyne Forget tient à mentionner que le CISSS de la Côte-Nord a pris son dossier très au sérieux et que son dossier est déjà en train de se régler. Elle souligne aussi la grande qualité des soins précédemment reçus du Dr Louis-André Chartrand. Elle a toutefois accepté de répondre aux questions du Nord-Côtier pour que cette situation ne se reproduise plus pour les résidents d’Anticosti.

« J’accepte de parler aujourd’hui, parce que comme infirmière, je ne peux jamais parler quand ça arrive à mes patients. Et ça arrive. Pour une fois, je peux parler, parce que ça me concerne. »

À sa connaissance, au moins deux autres personnes ont eu de telles difficultés. Elle ne peut les nommer puisqu’elle est tenue par le secret professionnel.

« Ce n’est pas ma situation à moi que je veux régler, c’est déjà en train de se régler à l’interne, parce que j’ai les ressources pour le faire. Les gens qui n’ont pas les ressources pour le faire, qui ne veulent pas se battre, qui n’osent pas porter plainte, c’est ça le problème. »